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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202373

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202373

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 15 juillet 2022 et 6 octobre 2022, le 2 mai 2023 et le 14 septembre 2023, Mme D B et M. A B, représentés par Me Porcher, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération 10 juin 2022 par laquelle la commune de Corcy a refusé de procéder à l'installation de bornes à proximité de la sortie de leur maison empêchant le stationnement de leur voisin, M. C ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Corcy a refusé de faire usage de ses pouvoirs de police administrative au même titre ;

3°) d'enjoindre à la commune de Corcy de procéder à cette installation visant à empêcher tout stationnement dangereux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Corcy la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée est entachée d'incompétence dès lors que la mesure sollicitée relève des pouvoirs de police administrative du maire de la commune ;

- le refus opposé par le maire est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît le principe d'égalité entre les administrés de la commune.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 août 2022, le 14 octobre 2022, le 15 mai 2023, 21 septembre 2023 et le 13 mai 2024, ce dernier non communiqué, la commune de Corcy, représentée en dernier lieu par Me Lefevre, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du maire, née du silence gardé par l'administration sur la demande de Mme et M. B du 16 mai 2022, sont tardives et par suite irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu partiel en ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la délibération du conseil municipal de Corcy du 10 juin 2022 dès lors que celle-ci a été retirée par une délibération du 2 septembre 2022, devenue définitive.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de Mme Minet rapporteure publique,

- et les observations de Me Porcher, représentant Mme et M. B.

Une note en délibéré présentée par les requérants a été enregistrée le 20 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. B résident à Corcy (Aisne). Par une lettre du 16 mai 2022, notifiée le 18 mai 2022, les requérants ont sollicité le maire de Corcy afin qu'il utilise ses pouvoirs de police en vue de mettre un terme au stationnement gênant sur le trottoir, à proximité immédiate de l'entrée de leur propriété. Par délibération du 10 juin 2022, le conseil municipal de la commune de Corcy n'a pas fait droit à leur demande. Les requérants demandent l'annulation de cette délibération et de la décision implicite née du silence gardé par le maire sur leur demande du 16 mai 2022.

Sur le non-lieu partiel :

2. Il ressort des pièces produites en défense que par une délibération du 2 septembre 2022, devenue définitive, le conseil municipal de Corcy a, postérieurement à l'introduction de la requête, retiré la délibération du 10 juin 2022. Dès lors, les conclusions des requérants tendant à son annulation pour excès de pouvoir sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité () : Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ". Aux termes de l'article L.2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : () 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ".

4. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus opposé à une demande de prendre des mesures de police administrative conduit à apprécier la légalité de ce refus au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de sa décision.

5. M. et Mme B résident au 7 rue des Près à Regain, sur le territoire de la commune de Corcy. La sortie de leur propriété, donne accès à la route départementale 80. Il ressort des pièces du dossier que des voitures stationnent fréquemment de manière irrégulière sur le trottoir à proximité immédiate de l'entrée de leur propriété, réduisant leur visibilité à droite en cas de sortie avec une voiture et empiétant le cas échéant sur une partie de la chaussée. En août 2015, la commune a procédé, à la demande de M. et Mme B, à l'installation des bornes en bois anti-stationnement afin d'éviter un tel stationnement irrégulier constituant un trouble de nature à porter atteinte à la sécurité des usagers. Ces bornes ont ensuite été retirées en 2021. Il ressort de la lettre du maire citée au point 3 que le voisin de M. et Mme B a continué à stationner sa voiture de manière irrégulière et qu'il a fait l'objet d'une verbalisation par les gendarmes. Il ressort par ailleurs des photos produites par les requérants, dont les plus récentes datent du 29 mai 2023, que le stationnement sur le trottoir perdure. Toutefois, en dépit du caractère gênant de ce stationnement, il ressort des pièces du dossier que les requérants peuvent sortir de leur propriété sans qu'aucun obstacle ne réduise la visibilité des voitures en provenance de la gauche. Si, s'agissant des véhicules en provenance de droite, la visibilité est réduite en cas de stationnement irrégulier d'un véhicule sur le trottoir, il reste possible de sortir de la propriété des consorts B en s'avançant avec prudence sur la chaussée avant de s'insérer sur la route. Au surplus, le maire de la commune a proposé aux requérants l'installation d'un miroir, proposition qui a cependant été refusée. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le refus du maire de poser sur le trottoir des bornes de nature à empêcher un stationnement irrégulier serait de nature à porter une atteinte telle à la sécurité publique qu'il serait illégal. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Corcy a procédé à l'installation de bornes anti-stationnement à d'autres endroits de la commune afin d'éviter le stationnement de voitures sur des terrains privés ou sur des espaces verts. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction sous astreinte, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Corcy et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les requérants soient mises à la charge de la commune de Corcy, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la délibération du 10 juin 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les requérants verseront une somme de 1 500 euros à la commune de Corcy en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et M. A B et à la commune de Corcy.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202373

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