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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202394

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202394

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantTURPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 juillet 2022, enregistrée le 13 juillet 2022 au greffe, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens la requête de M. M'Hamed El HAMROUCH.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2022 et le 3 octobre 2022, M. M'Hamed El HAMROUCH, représenté par Me Turpin, avocate désignée d'office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est illégal en raison de l'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- la décision fixant l'obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est injustifiée alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision lui fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision fixant l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable faute d'être suffisamment motivée et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. M'Hamed El HAMROUCH, ressortissant marocain né le 3 décembre 1997, est entré en France, selon ses déclarations, en 2019. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 27 décembre 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre son arrêté. Par suite, et alors que le requérant n'apporte au tribunal aucune précision permettant d'apprécier en quoi l'arrêté contesté serait entaché d'une illégalité à ce titre, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. El HAMROUCH est entré irrégulièrement en France en 2019. Si l'intéressé, sans enfants à charge, soutient être en couple, il n'apporte aucun élément de nature à étayer cette allégation. Il ne démontre pas davantage la réalité et l'intensité des liens allégués avec son père et sa sœur sur le territoire français. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte des trois points qui précèdent que M. El HAMROUCH n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

6. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que, pour refuser d'accorder à M. El HAMROUCH un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français, la préfète de l'Oise s'est fondée sur ce que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public pour avoir commis de manière répétée des faits de vol, parfois avec violence, recel et usage illicite et détention de stupéfiants ainsi que sur l'existence d'un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il est l'objet, en exposant que sa situation relavait des cas prévus au 3° au 5° et au 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lesquels ce risque est présumé. En faisant valoir ces éléments, dont le requérant ne conteste pas la réalité, la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle s'est fondée pout refuser d'accorder M. El HAMROUCH un délai de départ. Il s'ensuit que M. El HAMROUCH n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 5, que l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi pour l'éloignement de M. El HAMROUCH doit être écartée.

8. En second lieu, Si M. El HAMROUCH se prévaut de risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de fait au soutien de ses assertions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français:

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 5, que l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour d'un étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai, qui ne justifie pas de circonstances humanitaire faisant obstacle à l'édiction de cette mesure, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

12. En l'espèce, d'une part la situation de M. El HAMROUCH, telle qu'elle a été exposée plus haut, ne présente aucun caractère humanitaire. D'autre part, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que pour interdire M. El HAMROUCH de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le fait que M. El HAMROUCH ne disposait pas de liens intenses et stables avec la France, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement le 7 octobre 2021 et sur la menace à l'ordre public que représente sa présence. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a entaché sa décision, ni d'erreur de droit ni d'appréciation de la situation de M. El HAMROUCH.

13 Il résulte des deux points qui précèdent que M. El HAMROUCH n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise, que la requête de M. El HAMROUCH doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. El Hamouch est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M'Hamed El Hamouch, à la préfète de l'Oise et à Me Turpin.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 25 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. B

La greffière,

Signé

N. DERLY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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