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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202435

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202435

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202435
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de la rétablir immédiatement dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dans la mesure où le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des réfugiés lui a été retiré, qu'elle ne dispose d'aucun revenu, ni de moyens financiers et qu'elle est malade et en grande fragilité psychologique, avec un enfant mineur à charge ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa situation de fragilité, et qu'elle ne pouvait être regardée comme étant en fuite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Derlange, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à 15 heures, en présence de Mme Petr, greffière, ont été entendus :

- le rapport de M. Derlange, juge des référés ;

- et les observations de Me Basili, substituant Me Tourbier, pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit un mémoire en défense, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte-tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille.

3. Mme B, ressortissante congolaise né le 24 juin 1987, a présenté une demande d'asile le 30 septembre 2021 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet du Nord a ensuite décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Estimant que Mme B n'avait pas respecté ses obligations, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a adressé un courrier le 9 juin 2022 portant intention de cessation des conditions matérielles d'accueil, auquel elle a répondu par courrier du 16 juin 2022. Par décision du 7 juillet 2022, le directeur de l'OFII a notifié à Mme B la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Mme B, qui a saisi le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, demande qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

4. En premier lieu, Mme C les pièces qu'elle produit, faute notamment de toute attestation d'un intervenant social, n'établit pas être dans une situation de vulnérabilité telle qu'elle aurait fait obstacle à la décision litigieuse, alors qu'elle justifie de la scolarisation de sa fille et de prises en charge médicales effectives ne faisant ressortir aucune circonstance d'une gravité caractérisée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'OFII n'a pas pris en compte sa situation de fragilité, alors, au demeurant, qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'aurait pas examiné sa situation.

5. En second lieu, Mme B conteste être en fuite au seul motif qu'elle ne s'est pas présentés à l'aéroport pour son vol de départ volontaire du 19 mai 2022 en faisant état de ce qu'elle avait des problèmes de santé y faisant obstacle. Toutefois, par les pièces produites, elle ne justifie ni de la gravité des problèmes de santé allégués, ni que son état de santé faisait obstacle à ce qu'elle se présente à la date précise du 19 mai 2022. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à contester le fait d'avoir été regardée comme étant en fuite.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le critère d'urgence, que la requête de Mme B, qui ne justifie pas d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance. Toutefois, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B d'accorder à celle-ci le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Tourbier.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Amiens, le 22 juillet 2022.

La juge des référés,

Signé

S. DERLANGE

La greffière

Signé

T. PETR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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