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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202438

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202438

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. A C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Togo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que sa vie commune avec une ressortissante française est rompue, alors même qu'il justifie d'une vie de couple ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation, dès lors qu'il est pleinement inséré sur le territoire français, qu'il y réside régulièrement depuis cinq ans et qu'il possède des attaches familiales sur le territoire français en la présence de son frère de nationalité française ;

- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il souffre d'une pathologie nécessitant un traitement ainsi qu'un suivi médical et qu'à ce titre, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable, faute de comporter des moyens satisfaisants aux prescriptions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les observations de Me Pereira pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant togolais, déclare être entré le 9 février 2013 sur le territoire français. Le 12 avril 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 juillet 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Togo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la vie commune qu'entretenait le requérant avec une ressortissante française a cessé depuis juin 2020. Si l'intéressé se prévaut d'une attestation de juillet 2022 qu'il présente comme émanant de cette dernière affirmant qu'elle maintient des liens avec M. B, cette déclaration n'est accompagnée d'aucune pièce justificative permettant d'apprécier le bien-fondé de ces allégations. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise s'est fondée sur des faits matériellement inexacts en considérant que sa vie commune avec une ressortissante française avait cessé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Si M. B se prévaut de son intégration sur le territoire français, sur lequel il réside régulièrement depuis cinq ans, il est célibataire et ne démontre pas être dépourvu de liens personnels ou familiaux dans son pays d'origine, où résident ses quatre enfants. En outre, il ne justifie plus d'une vie de couple ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ni de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, ni enfin d'aucun obstacle à la reprise d'une vie privée et familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise, qui a examiné la situation personnelle du requérant, n'a pas méconnu les dispositions de l'article en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

6. M. B soutient qu'il souffre d'une pathologie qui nécessite un traitement ainsi qu'un suivi médical et qu'à ce titre, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par la seule production d'un certificat médical peu circonstancié, le requérant ne démontre pas que les soins qu'il requiert ne lui seraient pas effectivement accessibles dans son pays d'origine, ni que son état de santé nécessite un suivi médical en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juillet 2022. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mm Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. RondepierreLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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