mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202466 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | MICHEL-AUDOUIN-GILLET-BELGRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, Mme D C, représentée par Me Belgrand demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision faisant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète de l'Oise s'est crue en situation de compétence liée ;
- elle méconnait son droit d'être entendue ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire - elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 21 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Binand, magistrat désigné, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante guinéenne née le 27 février 2000, est entrée en France, selon ses déclarations, le 1er novembre 2019. La demande d'asile qu'elle a présenté a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 juillet 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mai 2022. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 21 septembre 2022. Par suite, ses conclusions tenant à être admise à l'aide juridictionnelle provisoire ont perdu leur objet en cours d'instance. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre son arrêté, tirés notamment de ce que Mme C ne peut plus se maintenir sur le territoire français en raison du rejet définitif de sa demande d'asile et de ce que les éléments relatifs à sa vie personnelle et familiale, qu'elle a exposés, ne justifiaient pas de l'admettre de plein droit au séjour à un autre titre. Par suite, la préfète n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation.
4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
5. En l'espèce, Mme C qui a sollicité l'admission au séjour au titre de l'asile a donc été mise à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté en cause tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées y compris sur celle fixant son pays d'origine comme pays de destination. Le moyen tiré de la méconnaissance son droit à être entendu doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".
7. Pour obliger Mme C à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise devait seulement examiner, ainsi qu'elle l'a fait, si l'intéressée s'était vue reconnaître la qualité de réfugiée ou si elle avait obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Dans ces conditions, la préfète, en décidant d'éloigner Mme C du territoire français, n'a méconnu ni ces dispositions ni l'étendue de sa compétence.
8. En quatrième lieu, aux termes du 1° de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). "
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en 2019 et que ses enfants ont été également déboutés de leur demande d'asile. Elle ne justifie pas d'un emploi ni de ressources légales, et ne fait pas état d'une intégration ancienne, intense et stable sur le territoire français, alors même qu'elle conserve des attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu dix-neuf ans. Dans ses conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de Mme C en France, et alors qu'il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que sa vie privée et familiale puisse se poursuivre hors du territoire français avec le reste de sa famille, la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
10. En cinquième lieu, dans les circonstances de l'espèce, rappelées au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, ainsi que d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
11. En sixième lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. En l'état des pièces du dossier, rien ne fait obstacle à ce que les enfants, en bas âge, de Mme C accompagnent leur mère en Guinée et y poursuivent une scolarité normale. Il n'est pas établi que la prise en charge des troubles de langage et d'apprentissage dont souffre le fils de A C, âgé de 4 ans ne pourrait être assurée en Guinée, alors d'ailleurs qu'il ressort des éléments médicaux versés au dossier que ces troubles sont au moins en partie imputables au difficultés inhérentes au bilinguisme et à la situation de précarité consécutive à son parcours migratoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi de Mme C pour l'exécution d'office de son éloignement doit être écartée.
14. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté contesté que, pour désigner la Guinée comme pays de renvoi pour l'exécution d'office de l'éloignement de Mme C, la préfète de l'Oise s'est fondée sur ce que l'intéressée n'établissait pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans ce pays, dont elle est ressortissante, ou qu'elle y serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aussi, et alors qu'il ne ressort pas des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise se serait cru tenue par le rejet de la demande d'asile de Mme C qu'elle a mentionnée, cette autorité n'a ni omis de procéder à l'examen complet de la situation personnelle de la requérante ni méconnu l'étendue de sa compétence. Il s'ensuit que ces moyens doivent être écartés.
15. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'elle a été victime en Guinée, à partir de 2018, de détentions arbitraires et de sévices corporels graves de la part des autorités militaires de ce pays, en raison de ses activités militantes dans un parti d'opposition au pouvoir en place, les éléments dont elle se prévaut, à savoir des documents relatifs aux activités militantes de son époux ainsi que la citation du certificat médical établi en 2021 qu'elle a produit devant la Cour nationale du droit d'asile et dont la teneur, comme l'a mentionné la Cour, ne permet pas d'imputer les séquelles psychologiques et physiques constatées aux faits allégués, ne suffisent pas à établir qu'elle serait exposée au risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la préfète de l'Oise et à Me Belgrand.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 19 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
C. B
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026