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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202626

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202626

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWARZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2022, Mme A B, représentée par Me Schwarz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France, préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités suédoises ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de l'admettre au séjour en qualité de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entachée d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que ne lui ont pas été remises les brochures requises ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent qui a procédé à son entretien individuel était un agent dûment habilité ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne produit pas le document par lequel les autorités suédoises ont indiqué accepter de la reprendre en charge sur le fondement de l'article 18.1 d) du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que son enfant n'est pas de nationalité suédoise, mais nigériane ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

Le préfet du Nord a produit des pièces le 11 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bazin, conseillère, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, magistrate désignée,

- et les observations de Mme B, assistée de Mme C, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le préfet du Nord a décidé du transfert de Mme B, ressortissante nigériane née le 26 décembre 2001, aux autorités suédoises en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus de la requête :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 dont le préfet du Nord a fait application pour décider le transfert de Mme B aux autorités suédoises, comporte la mention des considérations de droit qui en constituent le fondement. Cet arrêté précise également les raisons pour lesquelles le préfet du Nord a estimé que la Suède devait être regardée comme l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile de Mme B, à savoir notamment le dépôt de ses empreintes digitales dans ce pays et la circonstance qu'elle a reconnu, lors de l'entretien individuel qui s'est tenu le 1er juillet 2022, avoir introduit une demande d'asile en Suède. L'arrêté indique par ailleurs que l'intéressée, qui se déclare célibataire et mère d'un enfant de nationalité suédoise, ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France et que son entrée sur le territoire français est récente. L'arrêté attaqué comporte donc également les éléments de fait pertinents relatifs à la situation de Mme B. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu remettre le 1er juillet 2022 contre signature par les services de la préfecture, deux documents, intitulés " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B), ainsi que le guide du demandeur d'asile en France. Ces documents, rédigés en langue anglaise, que l'intéressée a déclaré parler, lire et comprendre, comportent l'ensemble des éléments d'information énumérés au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la C qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une C qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un entretien individuel avec les services de la préfecture de l'Oise le 1er juillet 2022, conduit avec le concours d'un interprète en anglais, langue que l'intéressée a déclaré parler, lire et comprendre, et au cours duquel elle a pu présenter des observations orales sur la procédure de transfert. Le compte-rendu de cet entretien, sur lequel sont apposés la signature de Mme B et le cachet de la préfecture, ne relève aucune difficulté de compréhension des questions qui ont été posées. Ce document mentionne par ailleurs que l'entretien a été mené par un agent qualifié de la préfecture, le requérant n'apportant aucun élément circonstancié de nature à faire douter de la qualité de l'agent ayant procédé à cet entretien ni du caractère confidentiel de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a saisi les autorités suédoises le 8 juillet 2022 d'une demande de prise en charge de Mme B, comme en atteste l'accusé de réception électronique délivré par l'application informatique " DubliNET " produit pas le préfet du Nord dans la présente instance. Les autorités suédoises ont donné leur accord le 18 juillet suivant au transfert de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de preuve de la saisine des autorités suédoises et de leur acceptation de la demande de prise en charge doit être écarté.

9. Si la requérante fait valoir que son enfant est de nationalité nigériane et non suédoise, comme l'aurait mentionné à tort le préfet du Nord dans l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier que pendant, l'entretien individuel mené en préfecture, Mme B a indiqué avoir un enfant, né le 12 mars 2020, de nationalité suédoise dont elle a présenté le passeport. Or, il ressort de ce passeport, délivré par les autorités suédoises le 29 novembre 2021 que cet enfant est bien de nationalité suédoise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

11. Mme B invoque les dispositions qui précèdent en soutenant que sa situation personnelle aurait dû conduire la France à examiner sa demande d'asile en vertu de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Si elle fait valoir qu'elle a quitté la Suède à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile, que la Suède a méconnu les risques qu'elle encourt en cas de retour et qu'elle craint un éloignement par les autorités suédoises vers son pays d'origine, ces seuls éléments qui, au demeurant, ne sont ni circonstanciés, ni établis, ne permettent pas de considérer que le préfet du Nord aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application du pouvoir discrétionnaire qu'il tient de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application du pouvoir discrétionnaire qu'il tient de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2022 du préfet du Nord. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes sont rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à M. B.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Schwarz et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.

La magistrate désignée,

signé

L. Bazin

La greffière,

signé

M.-A. Boignard

La République mande et ordonne au préfet de la région Hauts-de-France, préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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