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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202629

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202629

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août et 26 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Porcher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Il soutient à titre subsidiaire qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les observations de Me Porcher, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 31 mars 1995, est entré sur le territoire français le 31 août 2017 sous couvert d'un visa court séjour valable du 25 août 2017 au 15 septembre 2017. Le 17 février 2022, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète de la Somme a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture, pour signer notamment toutes décisions en matière de police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a conclu un pacte civil de solidarité le 25 novembre 2020 avec une ressortissante française et qu'il justifie d'une communauté de vie depuis le mois de janvier 2020, cette situation n'existe que depuis dix-huit mois à la date de l'arrêté attaqué, de sorte qu'elle est récente. M. A s'est maintenu sur le territoire français après avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement par arrêté du 26 novembre 2019 à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans et où résident ses parents ainsi que cela ressort de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé à la préfecture le 17 février 2022. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des mentions d'un seul formulaire intitulé " Geva-Sco " et relatif au parcours de scolarisation de l'enfant, que M. A aurait la qualité de représentant légal de son frère Yassine âgé de treize ans qui vit, d'après les pièces fournies au dossier, avec la sœur du requérant et à une adresse différente de celle de M. A. Enfin, il est constant que le requérant est, à la date de l'arrêté attaqué, sans enfant. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'intégration de l'intéressé dans la société française, la préfète de la Somme n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Somme, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. PellerinLa présidente,

signé

C. Galle

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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