mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | WACQUET ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11, 19 et 22 août 2022,
Mme E D, représentée par Me Tourbier, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions du 2 juin 2022 par lesquelles le maire de Domart-en-Ponthieu a refusé l'inscription de ses filles A et D B F C au sein de l'école élémentaire de la commune ;
2°) d'enjoindre au maire de Domart-en-Ponthieu d'accorder la dérogation demandée ou à défaut de réinstruire les demandes dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Domart-en-Ponthieu la somme de
1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de l'imminence de la rentrée des classes ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- il n'est pas démontré que le signataire des décisions attaquées était compétent pour ce faire ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- les décisions sont entachées d'un vice de procédure ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 212-8 du code de l'éducation, dès lors qu'elle justifie que ses obligations professionnelles la contraignent à scolariser ses enfants dans la commune de Domart-en-Ponthieu où sa famille pourra s'occuper de ses filles pendant ses horaires de travail ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la commune de
Domart-en-Ponthieu, représentée par Me Lumbroso conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme D à lui verser une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Il reviendra au tribunal d'apprécier si la condition d'urgence est satisfaite ;
- Aucun des moyens présentés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
La requête a été communiquée pour observations au rectorat d'Amiens qui a indiqué ne pas être défendeur à l'instance et n'avoir aucune observation à présenter.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2202698, enregistrée le 11 août 2022, par laquelle la requérante demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 23 août 2022 à 11 heures 15 minutes.
Après avoir lu son rapport et entendu au cours de l'audience publique en présence de Mme Grare, greffière d'audience :
- les observations orales de Me Delort, représentant Mme D ;
- les observations orales de Me Lumbroso, représentant la commune de
Domart-en-Ponthieu ;
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté en défense que Mme D ne dispose pas de solution pérenne de garde ou d'accompagnement de ses enfants à leur école en dehors de celle qui motive sa demande d'inscription dans une école de Domart-en-Ponthieu. Les décisions attaquées entraîneront soit des difficultés de scolarisation de ses enfants soit un risque de perdre son emploi. Compte tenu au surplus de l'imminence de la rentrée scolaire, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Pour soutenir qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, la requérante fait valoir en premier lieu qu'il n'est pas démontré que le signataire des décisions attaquées était compétent pour ce faire ; en deuxième lieu que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; en troisième lieu que les décisions sont entachées d'un vice de procédure ; en quatrième lieu que les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 212-8 du code de l'éducation, dès lors qu'elle justifie que ses obligations professionnelles la contraignent à scolariser ses enfants dans la commune de Domart-en-Ponthieu où sa famille pourra s'occuper de ses filles pendant ses horaires de travail ; en cinquième lieu que les décisions attaquées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " () Les familles domiciliées à proximité de deux ou plusieurs écoles publiques ont la faculté de faire inscrire leurs enfants à l'une ou l'autre de ces écoles, qu'elle soit ou non sur le territoire de leur commune, à moins qu'elle ne compte déjà le nombre maximum d'élèves autorisé par voie réglementaire. / Toutefois, lorsque le ressort des écoles publiques a été déterminé conformément aux dispositions de l'article L. 212-7 du présent code, les familles doivent se conformer à la délibération du conseil municipal ou de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent, déterminant le ressort de chacune de ces écoles. () ". Aux termes de l'article L. 212-7 du même code : " () Lorsque les dépenses de fonctionnement des écoles publiques ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunale sur le territoire duquel il existe plusieurs écoles publiques, le ressort de chacune de ces écoles est déterminé par délibération de l'organe délibérant de cet établissement. () ". Enfin aux termes de l'article L. 212-8 du même code : " () une commune est tenue de participer financièrement à la scolarisation d'enfants résidant sur son territoire lorsque leur inscription dans une autre commune est justifiée par des motifs tirés de contraintes liées : / 1° Aux obligations professionnelles des parents lorsqu'ils résident dans une commune qui n'assure pas directement ou indirectement la restauration et la garde des enfants ou si la commune n'a pas organisé un service d'assistantes maternelles agréées ; / 2° A l'inscription d'un frère ou d'une sœur dans un établissement scolaire de la même commune ; / 3° A des raisons médicales. ()".
7. Il résulte de l'instruction que Mme D vit seule avec ses deux enfants et qu'elle est employée depuis le mois d'avril 2022 dans une entreprise où elle effectue des horaires de travail très tôt le matin ou très tard le soir, avant l'ouverture ou après la fermeture du service de garderie de sa commune de résidence, Saint-Ouen. Il n'est pas contesté que compte tenu de sa situation financière, elle ne peut financer la garde de ses enfants par une assistante maternelle et que la seule solution de garde et d'accompagnement des enfants à l'école raisonnable économiquement et pour le rythme de vie et de travail de Mme D et de ses filles, est de confier celles-ci à son frère et sa belle-sœur résidant à
Domart-en-Ponthieu. Mme D a donc présenté une demande de dérogation pour scolariser ses enfants dans cette commune en justifiant de sa situation professionnelle et en expliquant le mode de garde auquel elle pouvait avoir recours. Le maire de
Domart-en-Ponthieu a répondu défavorablement à cette demande en se bornant à inscrire pour toute motivation la mention suivante sur les formulaires de demande de dérogation : " besoin de stabilité ". Dans ces conditions, et alors que la commune a indiqué à l'audience que des places étaient disponibles dans l'école communale, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le maire de Domart-en-Ponthieu quant au bien-fondé des demandes de dérogation de Mme D sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées. Il y a lieu d'ordonner la suspension de leur exécution.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Les mesures prescrites par le juge des référés pour l'exécution de ses décisions ne peuvent préjudicier au fond. Ainsi, il ne peut être fait droit à la demande tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Domart-en-Ponthieu d'accorder les dérogations demandées, ce qui équivaudrait à prononcer l'annulation des décisions attaquées. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au maire de Domart-en-Ponthieu de procéder au réexamen des demandes de dérogation présentées par Mme D, dans le délai de deux jours suivant la notification de la présente ordonnance, compte tenu de l'imminence de la rentrée scolaire, sans qu'il soit besoin, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur l'application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Domart-en-Ponthieu demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Domart-en-Ponthieu une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions du 2 juin 2022 par lesquelles le maire de la commune de Domart-en-Ponthieu a refusé les dérogations demandées par Mme D pour la scolarisation de ses filles D B et A est suspendue jusqu'au jugement au fond de la requête n°2202698.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Domart-en-Ponthieu de statuer à nouveau sur les demandes de dérogations présentées par Mme D dans le délai de deux jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Domart-en-Ponthieu versera une somme de 1500 euros à
Mme E D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 5 : La demande de la commune de Domart-en-Ponthieu fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D et à la commune de Domart-en Ponthieu. Copie en sera adressée au rectorat d'Amiens.
Fait à Amiens, le 24 août 2022,
Le juge des référés,
Signé :
B. BoutouLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026