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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202802

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202802

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEFEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 août et 27 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa demande, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L. 435-2 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces articles ne prévoient pas que le titre de séjour soit délivré sous condition de motifs ou de situation exceptionnels ;

- ce refus méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus et la décision l'obligeant à quitter le territoire français sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- ce refus méconnaît la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 février 2019 relative à l'application de la loi pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovar né le 10 août 1996, est entré sur le territoire français le 2 septembre 2015. Le 6 mai 2022, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale et de son activité professionnelle. Par un arrêté du

27 juillet 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, ainsi que l'a relevé le préfet, M. B n'est plus accueilli par la communauté Emmaüs depuis le 16 avril 2021. Dans ces conditions, il ne peut utilement soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit au regard des dispositions citées au point précédent.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles

L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et

L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

6. Il est constant, ainsi que le relève le préfet aux termes de l'arrêté attaqué,

que M. B ne disposait pas d'un visa de long séjour. Par ailleurs, l'intéressé n'établit ni même n'allègue pouvoir en être dispensé. Dans ces conditions, le préfet, qui ne s'est pas fondé sur l'absence de motifs ou de situation exceptionnels pour refuser de délivrer un titre de séjour sur ce fondement, a légalement pu opposer un tel refus sans méconnaitre les dispositions citées au point précédent.

7. En troisième lieu, si M. B établit résider depuis sept ans sur le territoire français, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 26 janvier 2017 qu'il n'a pas exécutée en refusant d'embarquer dans le vol à destination de son pays d'origine. Par ailleurs, s'il vit en union libre avec une ressortissante française dont la mère l'héberge et dispose sur le territoire français de relations personnelles, il n'a pas enfant et il est constant que cette relation de couple ne s'est nouée que depuis environ deux ans. En outre, si M. B a été accueilli du

21 septembre 2017 au 16 avril 2021 par les communautés Emmaüs de Reims-Berry et de Soissons et a travaillé à différents postes où il a donné pleinement satisfaction, il n'établit pas, en se bornant à produire une promesse d'embauche en tant que manœuvre dans le domaine du bâtiment, avoir d'activité professionnelle depuis son départ de la dernière communauté qui l'a accueilli. Enfin, il est constant que M. B dispose dans son pays d'origine de ses parents et de ses deux frères. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé et la décision l'obligeant à quitter le territoire français sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

8. En quatrième lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, la décision du préfet serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du Gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 février 2019 relative à l'application de la loi pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie.

9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 220280

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