jeudi 1 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | QUENNEHEN - TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2022, M. D B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas l'intention de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- les modalités de son assignation à résidence présentent un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guilbaud, magistrate désignée,
- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, représentant M. B, en présence de Mme A, interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que M. B est inscrit en CAP Plomberie pour l'année scolaire 2022-2023, dispose d'un suivi médical en France depuis une fracture du bras dont il a été victime lors de l'été et fait partie d'un club de football au sein duquel il est très investi.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant algérien né le 16 janvier 2004, déclare être entré en France en octobre 2020. Par deux arrêtés du 25 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il revient à l'intéressé, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, les arrêtés en cause ont été précédés d'une audition par les services de police de Lille le 24 août 2022 au cours de laquelle M. B a pu faire part des observations qu'il a jugées utiles quant à la perspective de son éloignement. En tout état de cause, M. B ne fait valoir aucune circonstance particulière dont il aurait entendu faire part au préfet de la Somme. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
6. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des considérations de fait relatives à la situation de l'intéressé, expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et fait état, en particulier, de la situation personnelle de l'intéressé et notamment de la présence en France de sa sœur. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. B, qui soutient être entré sur le territoire français alors qu'il avait 16 ans, se prévaut de la présence en France de sa sœur, de ce qu'il est scolarisé en France et de ce qu'il pratique le football avec assiduité. Toutefois, d'une part, il ne justifie pas de la nécessité de sa présence aux côtés de sa sœur, qui est majeure. D'autre part, en dépit des efforts de ses bons résultats scolaires et des efforts d'intégration dont il justifie, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité et ses activités sportives dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en l'obligeant à quitter le territoire français, ni n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, la décision attaquée cite les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'irrégularité de l'entrée et du séjour en France de M. B ainsi que l'absence de circonstances particulières. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () /
3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
11. En l'espèce, M. B ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni y avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas l'intention de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et en l'absence de circonstances particulières, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. D'une part, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour prononcer une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B, le préfet de la Somme a exposé l'ensemble des éléments dont il doit tenir compte en application des dispositions précitées et a ainsi suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
14. D'autre part, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an soit disproportionnée eu égard aux conditions de séjour en France du requérant et à la circonstance qu'il est célibataire et sans charges de famille. Par suite, le moyen tiré de ce que cette mesure porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 7 doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées ".
16. L'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et fait état, en particulier, des conditions d'entrée et de séjour en France de M. B et de ce qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".
18. Il résulte de l'arrêté attaqué que celui-ci impose à M. B, qui est assigné à résidence au sein de son logement et peut circuler dans le département de la Somme, de se présenter les lundi, mercredi et jeudi à 18h00 au commissariat de police d'Amiens. M. B n'apporte aucune précision quant aux rendez-vous éventuels hors du département dont il se prévaut. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les contraintes qui ont été exposées sont disproportionnées et le moyen en ce sens doit donc être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
V. C
La greffière,
Signé
N. Derly
La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026