jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | STEPHANE DAQUO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2022, Mme A C, représentée par Me Daquo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt a refusé de lui délivrer un permis de visite au profit de son fils, M. B D ;
2°) d'enjoindre à la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt de lui délivrer un permis de visite au profit de M. B D à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle constitue un soutien psychologique important pour son fils pour l'aider à se réadapter ainsi qu'à se réinsérer dans la société, et qu'elle affecte les liens de ce dernier avec ses proches ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 57-8-12 du code de procédure pénale dès lors qu'il n'est pas justifié de l'insuffisance des moyens à disposition des surveillants pour prévenir la commission d'infractions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- concernant la motivation de la décision en litige, une substitution de base légale est demandée tendant à substituer les dispositions des articles L. 341-1 et R. 341-5 du code pénitentiaire à celles de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 et de l'article 403 du code de procédure pénale ;
-les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 avril 2023.
Par une décision du 21 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle déposée Mme C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt a refusé de lui délivrer un permis de visite afin de rendre visite à son fils, M. B D.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.341-1 du code pénitentiaire : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce notamment par les visites que ceux-ci leur rendent ". Aux termes de l'article L. 341-3 du même code : " Les personnes détenues condamnées peuvent recevoir la visite des membres de leur famille ou d'autres personnes au moins une fois par semaine ". Aux termes de l'article L. 341-7 du même code : " L'autorité administrative ne refuse de délivrer, suspend ou retire un permis de visite aux membres de la famille d'une personne condamnée, que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. () ". Aux termes de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire : " Pour les personnes condamnées, détenues en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité en application des dispositions de l'article L. 3214-1 du code de la santé publique, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire ".
3. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et que les parties aient été mises à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions des articles L. 341-1 et R. 341-5 du code pénitentiaire, qui peuvent être substituées à celles de de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 et de l'article 403 du code de procédure pénale, qui étaient abrogées à la date de la décision attaquée, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie. Les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point. Il convient dès lors de procéder à cette substitution de base légale.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article R. 57-8-12 du code de procédure pénale devenu l'article R. 341-13 du code pénitentiaire : " Les visites se déroulent par principe dans un parloir ne comportant pas de dispositif de séparation. Toutefois, pour les personnes prévenues, le magistrat chargé du dossier de la procédure peut prescrire que les visites ont lieu dans un parloir avec dispositif de séparation. En outre, le chef de l'établissement pénitentiaire peut décider que les visites ont lieu dans un parloir avec un tel dispositif de séparation dans l'un des cas suivants : /1° S'il existe des raisons sérieuses de redouter un incident ;/ 2° En cas d'incident survenu au cours d'une visite antérieure ;/ 3° A la demande du visiteur ou de la personne visitée. () ".
5. Il résulte des dispositions citées aux points 2 que les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires adaptées et proportionnées à assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.
6. Pour refuser à Mme C le permis de visite qu'elle demandait en faveur de de son fils, M. D, au motif de la nécessité de maintien du bon ordre et de la prévention des infractions, la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt s'est fondée sur les circonstances que M. D a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire du 30 avril 2021 pour avoir proféré des menaces de mort répétées à l'encontre de Mme C, sa mère, et qu'il a également été condamné pour des faits de violences physiques sur ascendant lorsqu'il était mineur.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné, par un jugement du tribunal judiciaire d'Amiens du 30 avril 2021 à une peine d'emprisonnement de dix mois portant notamment sur des faits de menaces de mort réitérés en récidive commis à l'encontre de sa mère, Mme C entre les 4 et 13 février 2021 ainsi qu'entre les 5 février et 9 avril 2021. Il ressort des termes de ce jugement que M. D avait déjà été condamné définitivement pour des faits identiques à l'encontre de sa mère par un jugement du tribunal pour enfants du 21 septembre 2020. En outre, la décision attaquée n'a pas pour effet d'empêcher toute communication de M. D avec sa mère, les intéressés pouvant continuer d'échanger par voie épistolaire en vertu des dispositions de l'article L. 345-2 du code pénitentiaire et par voie téléphonique selon les dispositions de l'article L. 345-5 du même code. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision n'a pas pour effet d'empêcher d'autres proches de continuer à visiter l'intéressé et ces visites sont effectives ainsi que cela ressort de l'historique des parloirs. Enfin, l'organisation d'une visite dans un parloir doté d'un dispositif de séparation n'aurait pas permis de prévenir la réitération des menaces de mort verbales à l'encontre de Mme C, de sorte que le refus de délivrance du permis de visite en litige était le seul moyen de maintenir l'ordre et de prévenir les infractions. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 57-8-12 du code de procédure pénale devenu l'article R. 341-13 du code pénitentiaire. Par suite, les moyens doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Daquo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
La présidente,
signé
C. Galle Le greffier,
signé
J.F. Langlois
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026