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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202883

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202883

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Niger comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'il n'est pas fait état d'élément sur sa pathologie et que la préfète s'est bornée à reprendre l'avis de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qu'aucun élément de son parcours scolaire n'est mentionné et qu'il n'est pas fait référence au motif principal de sa demande de titre de séjour "recherche d'emploi - création d'entreprise" ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la saisine de l'office français de l'immigration et de l'intégration était régulière ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, dès lors qu'il n'a pas été répondu à sa demande de titre de séjour "recherche d'emploi - création d'entreprise" ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le titre de séjour "recherche d'emploi - création d'entreprise "ne lui a pas été délivré, alors qu'elle en remplissait les conditions ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son état de santé justifiait que lui soit délivré un titre de séjour pour cette raison ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive, dès lors que la requérante n'apporte pas la preuve que le courrier de notification de la décision attaquée n'aurait pas dû porter la mention " défaut d'accès ou d'adressage " ;

- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigérienne née le 6 juillet 1988, est entrée en France le 12 décembre 2015 sous couvert d'un visa long séjour mention "étudiant", puis a bénéficié de titres de séjour mention "étudiant" jusqu'au 9 décembre 2021. Elle a présenté le 26 novembre 2021 une demande de titre de séjour à raison de son état de santé. Par un arrêté du 9 mai 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Niger comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 décembre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer toutes décisions relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les bases légales et notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel a été demandé le titre de séjour, ainsi que les considérations de fait, en particulier relatives, d'une part, aux titres de séjour mention "étudiant" dont elle a bénéficié entre 2015 et 2020 et, d'autre part, à la nécessité de prise en charge médicale de la requérante, sans toutefois que leur défaut ne risque d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du formulaire de demande de titre de séjour souscrit par la requérante, que cette dernière aurait présenté une demande de titre de séjour mention "recherche d'emploi - création d'entreprise" et qui aurait nécessité une motivation particulière de l'autorité administrative sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, ainsi que celui tiré du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante, fondé sur les mêmes considérations, doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun texte que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû être annexé à l'arrêté litigieux et le moyen sera écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

6. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration se prononçant sur la situation de Mme A, que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette dernière ne devrait toutefois pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment d'ordre médical, qu'en faisant sienne cette appréciation et en rejetant pour ce motif la demande de titre de séjour que Mme A a présentée à raison de son état de santé, la préfète aurait méconnu les dispositions précitées, alors que l'intéressée se borne à soutenir que l'absence de suivi médical l'exposerait à un risque d'infertilité, sans toutefois le démontrer.

7. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dessus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la requérante ait présenté une demande de titre de séjour mention "recherche d'emploi - création d'entreprise", tandis que l'autorité administrative ne s'est pas prononcée sur ce fondement aux termes de la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'intéressée pourrait se voir délivrer un titre de séjour sur un tel fondement ne peut être utilement invoqué.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. La requérante, qui est arrivée en France en décembre 2015 pour y suivre des études, a obtenu un diplôme de master en sciences sociologie en 2016-2017, ainsi qu'un second diplôme de master en sciences sociales en 2019-2020. Si elle soutient suivre un traitement médical, elle n'en justifie pas. Par ailleurs, Mme A, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne fait état d'aucune attache privée en France. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète n'a pas porté d'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations précitées.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

11. Si la requérante soutient, d'une part, souffrir de problèmes gynécologiques certifiés par un médecin traitant, ainsi que de douleurs épigastriques et, d'autre part, que le retour au Niger entrainerait des complications sur son état de santé, aucune pièce n'établit ces circonstances.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète, que les conclusions par lesquelles la requérante demande l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que celles présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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