vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202915 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CLERC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 7 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Clerc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022, par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé Haïti comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte temporaire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de
100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis 2011, qu'il dispose d'un logement et est titulaire d'un emploi d'agent de bureau au sein d'une entreprise du bâtiment ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a construit sa vie privée en France où il dispose d'un emploi et qu'il essaie de réunir les ressources pour accueillir son enfant resté à Haïti, où ses attaches familiales sont par ailleurs réduites ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'il est intégré en France, où il réside depuis 2011 et dispose d'un emploi au sein d'une entreprise qui lui garantit les ressources nécessaires et, d'autre part, que les conditions de son retour en Haïti, où résident son fils et sa mère, ne sont pas garanties ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale, dès lors que le refus de titre l'est également ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a construit sa vie privée en France où il dispose d'un emploi et qu'il essaie de réunir les ressources pour accueillir son enfant resté à Haïti, où ses attaches familiales sont par ailleurs réduites ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est intégré en France, où il réside depuis 2011 et dispose d'un emploi au sein d'une entreprise qui lui garantit les ressources nécessaires ;
S'agissant de la fixation du délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne dispose plus d'attache familiale directe lui permettant de garantir les conditions de retour dans un délai aussi réduit ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'en le renvoyant dans un pays dans lequel il ne dispose plus d'attache familiale directe lui permettant de garantir les conditions de ce retour dans un délai aussi réduit, elle l'expose à des traitements inhumains ou dégradants ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle ne se prononce pas sur les quatre critères prévus au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien né le 24 novembre 1981, est entré en France le
28 août 2011, sous couvert d'un visa court séjour. Il a déposé le 16 novembre 2020 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 août 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé Haïti comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Aisne a donné délégation à M. A C, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne à l'effet de signer toutes décisions relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
4. Si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2011 et d'un emploi d'agent de bureau dans le secteur du bâtiment, le préfet de l'Aisne a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que ces circonstances ne constituaient pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées, alors qu'il ressort au surplus de l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du
6 janvier 2021 et de celui de la commission du titre de séjour du 27 avril 2022, que l'intéressé ne contredit pas sérieusement, que la réalité de l'emploi dont il se prévaut n'est plus démontrée depuis le mois de décembre 2019.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus au point 4, de ce que l'intéressé, célibataire, est dépourvu d'attache familiale sur le territoire français, et de ce qu'il n'en est pas dépourvu dans son pays d'origine où réside son enfant mineur, le préfet n'a porté aucune atteinte au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, dès lors que le refus de titre de séjour n'est pas illégal, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus et compte tenu de ce que son enfant mineur réside en Haïti, le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché la décision litigieuse d'erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire.
En ce qui concerne la légalité de de la fixation du délai de départ volontaire :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
10. Si M. B soutient que le préfet n'a pas tenu compte de la situation actuelle de l'île d'Haïti en décidant de fixer à trente jours le délai de départ volontaire, il se prévaut de ce qu'il n'y dispose pas d'autre attache familiale que son enfant et la mère de ce dernier. Ces éléments ne sont cependant pas de nature à établir une erreur dans la fixation du délai de départ, dont le requérant n'a au demeurant pas demandé la prolongation.
En ce qui concerne la légalité de la fixation du pays de destination :
11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures. Même en détention, la dignité humaine doit être respectée ".
12. En se bornant à invoquer de manière générale la situation actuelle prévalant en Haïti, le requérant ne démontre être personnellement exposé à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour dans son pays d'origine.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. En premier lieu, il ressort de l'arrêté litigieux qu'il mentionne la date d'entrée de
M. B en France, ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. L'acte contesté rappelle également qu'il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire et indique enfin que M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait insuffisamment motivé sa décision manque en fait.
15. En second lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, dont une était assortie d'une interdiction de retour de deux ans, qu'il n'a pas exécutées. En outre, comme cela a déjà été exposé ci-dessus, M. B ne fait pas état de liens personnels et familiaux sur le territoire français, alors qu'il est par ailleurs père d'un enfant mineur vivant en Haïti. Par suite, le préfet n'a ni méconnu les dispositions précitées, ni porté d'atteinte à son droit au respect de sa vie privée en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 du préfet de l'Aisne doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026