lundi 12 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2202933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SORRIAUX JONATHAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022 sous le n° 2202933, M. A C, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait des attaches dans son pays d'origine, qu'il dispose d'attaches sur le territoire français, qu'il dispose de ressources légales et qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;
- l'arrêté attaqué méconnait le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est atteint d'une spondylarthrite ;
- la décision fixant l'Arménie comme pays de destination et la décision l'interdisant de retour sur le territoire français sont illégales à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observation.
II. Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022 sous le n° 2202934, M. A C, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est illégal à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Richard, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant arménien né le 6 avril 1973, est entré sur le territoire français le 1er septembre 2019, selon ses déclarations. Suite à un contrôle routier du
6 septembre 2022, il a été constaté qu'il ne pouvait justifier séjourner régulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 7 septembre 2022 dont M. C demande l'annulation aux termes de sa requête n° 2202933, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Enfin, par un arrêté du 7 septembre 2022 dont M. C demande l'annulation aux termes de sa requête n° 2202934 qu'il convient de joindre à la précédente afin qu'il y soit statué par un même jugement, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.
2. En premier lieu, l'arrêté assignant M. C à résidence vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les éléments de la situation de l'intéressé que la préfète a pris en considération. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté assignant
M. C à résidence ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation de l'intéressé n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si M. C établit résider sur le territoire français depuis le 1er septembre 2019 avec son épouse et ses deux filles, dont l'une est mineure, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 26 juin 2020, confirmée par le tribunal par un jugement n° 2001946 du
7 septembre 2020, qu'il n'a pas exécutée et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, alors qu'aucun des membres de sa cellule familiale n'est en situation régulière sur le territoire français, M. C n'établit ni l'impossibilité de reconstituer cette dernière dans son pays d'origine ni celle pour ses filles d'y poursuivre leur scolarité. En outre, l'intéressé n'établit, par les pièces qu'il produit, ni que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni ne pouvoir bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que M. C effectue des activités bénévoles et travaille en tant qu'ouvrier dans le bâtiment, il n'établit occuper cet emploi que depuis novembre 2021. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en prenant l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et l'interdisant de retour sur le territoire français. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
6. En quatrième lieu, la préfète a pu considérer que M. C n'établissait pas ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine alors que l'intéressé y a vécu jusqu'à ses 46 ans et n'a produit aucun élément de nature à prouver qu'il avait rompu tout lien avec l'Arménie. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'arrêté obligeant l'intéressé à quitter le territoire français que la préfète a pris en considération les attaches en France de M. C et notamment son activité professionnelle en tant qu'ouvrier dans le bâtiment. Enfin, si la préfète a noté que l'intéressé n'établissait ni entretenir des liens étroits avec sa cellule familiale ni participer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, elle a néanmoins pris en compte, dans son appréciation, l'ensemble de la situation familiale de M. C. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français est entaché d'erreurs de fait.
7. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il n'est pas démontré que les filles de M. C, dont l'une est en tout état de cause majeure, ne puissent l'accompagner en Arménie, avec leur mère, et y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français, la préfète de l'Oise aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C n'établit, par les pièces qu'il produit, ni que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni ne pouvoir bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.
11. En septième lieu, il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, la décision l'interdisant de retour sur le territoire français et l'arrêté l'assignant à résidence sont illégaux à raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. A supposer même que la préfète de l'Oise ait noté à tort que M. C constituait une menace pour l'ordre public en raison des faits de conduite sans permis du
6 septembre 2022 pour lesquels il est poursuivi, il ressort des pièces du dossier qu'elle aurait pris la même décision interdisant l'intéressé de retour sur le territoire français de deux ans en se fondant sur ces faits et sur la situation du requérant telle que décrite au point 5 du présent jugement.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Dès lors, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2202933 et 2202934 de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
J. B
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2202933 et 2202934
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026