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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202937

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202937

lundi 12 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN - TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son avocat, une somme de

1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français a été pris au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union repris à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- l'arrêté l'assignant à résidence porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée.

La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui a produit des pièces enregistrées le 9 septembre 2022, mais n'a pas présenté d'observation.

M. C a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant angolais né le 14 février 2002, est entré sur le territoire français en 2016, selon ses déclarations. Suite à un contrôle d'identité du 7 septembre 2022, il a été constaté qu'il ne pouvait justifier séjourner régulièrement sur le territoire français. Par des arrêtés du 8 septembre 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Somme, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité des arrêtés attaqués :

4. En premier lieu, la décision obligeant M. C à quitter le territoire français vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en indiquant que M. C n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Angola, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. En outre, la décision refusant à

M. C le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter, notamment le fait que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente décision l'obligeant à quitter le territoire français. Enfin, la décision interdisant M. C de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français de l'intéressé, la nature de ses attaches en France et le fait qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, sans qu'il fût besoin que le préfet ne précise si son comportement constituait ou non une menace pour l'ordre public dès lors que cette circonstance n'a pas été retenue au nombre des motifs de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté obligeant M. C à quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté obligeant M. C à quitter le territoire français ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation de l'intéressé n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de police le 7 septembre 2022, notamment sur l'irrégularité de son séjour en France et sur l'éventualité de faire l'objet de décisions l'obligeant à quitter le territoire français et l'assignant à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'intervention de décisions qui l'affecteraient défavorablement doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C soutient résider sur le territoire français depuis 2016 avec ses parents et ses sœurs, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 avril 2021, confirmée par le tribunal le 22 juin 2021, qu'il n'a pas exécutée, et il n'établit pas que les membres de famille résident régulièrement en France. Par ailleurs, M. C n'établit ni ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine ni y être menacé alors, notamment, que sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et du droit d'asile le 23 octobre 2020 puis par la cour nationale du droit d'asile le 7 avril 2021. En outre, l'intéressé n'établit pas disposer en France d'attache particulière alors, notamment, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il ne démontre ni exercer les activités bénévoles dont il se prévaut et ni suivre une formation ou exercer une activité professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en prenant l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et l'interdisant de retour sur le territoire français. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

11. L'arrêté assignant M. C à résidence lui fait obligation de se présenter au commissariat de police d'Amiens, sis rue du marché Lanselles, les lundis, mercredis et jeudis à 18 heures et lui interdit de quitter le département de la Somme, pour une durée de 45 jours. Dans ces conditions, et alors que cet arrêté prévoit que M. C peut être autorisé, sur sa demande, à sortir du département de la Somme, l'intéressé, qui n'établit pas avoir d'impératifs particuliers incompatibles avec les obligations qui lui sont faites en se bornant à évoquer des rendez-vous en lien avec sa scolarité et sa carrière de footballeur, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence porte une atteinte excessive à sa vie privée et à sa liberté d'aller et venir.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. C, pour versement à son avocat, au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Tourbier et au préfet de la Somme. Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

J. B

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2202937

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