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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2202942

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2202942

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2202942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantMEZINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 septembre 2022 et 4 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Mézine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision notifiée le 19 juillet 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de faire droit à sa demande d'échange de permis de conduire béninois contre un titre français équivalent ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé lui permettant de conduire sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette même décision ne satisfait pas à l'exigence de motivation et a été prise en méconnaissance du contradictoire ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il incombait au préfet de lui donner un délai raisonnable pour présenter un permis régularisé ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où la seule falsification relevée est relative au timbre fiscal et que le Bénin a certifié la validité de son permis dont le timbre a seulement été altéré.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut à son incompétence à avoir à connaitre de ce dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'espace économique européen ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truy.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D ressortissant d'origine béninoise, a, le 3 octobre 2019, sollicité l'échange de son permis de conduire béninois contre un titre français. Par une décision notifiée le 19 juillet 2022, le préfet de police de Paris a refusé de faire droit à sa demande au vu des résultats de l'expertise du titre réalisée direction de la police aux frontières, division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté susvisé : " () En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. () Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. () ".

3. En premier lieu, par arrêté du 4 février 2022 publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police de Paris a donné délégation à M. A E, et en cas d'absence et d'empêchement à M. C F, chef du service des titres et des relations avec les usagers, signataire de la décision contestée, pour signer, notamment, toutes décisions relatives aux échanges de permis de conduire étrangers. Ainsi le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, relatif à la motivation des actes administratifs, les décisions individuelles défavorables doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police de Paris vise les textes ayant servi de fondement à la décision portant rejet de la demande d'échange de son permis de conduire béninois contre un permis français et expose dans sa décision le motif pour lequel il n'a pas été fait droit à la demande de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route ; " tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports () Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'espace économique européen : " En cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet conserve le titre de conduite et fait procéder à son analyse, le cas échéant avec l'aide d'un service compétent, afin de s'assurer de son authenticité. () Si l'authenticité est confirmée, le titre de conduite peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. Si le caractère frauduleux est confirmé, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. Le préfet peut compléter son analyse en consultant l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. Le titre de conduite est dès lors conservé par le préfet. La demande auprès des autorités étrangères est transmise, sous couvert du ministre des affaires étrangères, service de la valise diplomatique, au consulat de France compétent. Le consulat transmet au préfet la réponse de l'autorité étrangère. En l'absence de réponse dans un délai de six mois à compter de la saisine des autorités étrangères par le consulat compétent, l'échange du permis de conduire est refusé. Si l'autorité étrangère confirme l'absence de droits à conduire du titulaire, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par le préfet qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. ".

6. M. D, ressortissant béninois, a sollicité l'échange de son permis de conduire béninois contre un permis de conduire français le 3 octobre 2019. Eu égard au doute pesant sur l'authenticité du document présenté, le préfet de police a fait procéder à son analyse par le bureau chargé de la fraude documentaire. Il ressort des pièces du dossier que ce bureau a indiqué, le 12 janvier 2022, que le support, le fond, et les mentions fixes sont conformes mais que les timbres fiscaux présentent des traces de grattage des chiffres correspondant à leur valeur fiscale et du numéro de référence. Le bureau a conclu que " le support et la personnalisation sont authentiques ". Dans ces conditions, le préfet de police, qui n'établit pas le caractère falsifié du titre de conduite présenté par M. D, n'a pu légalement en refuser l'échange pour le motif invoqué d'un permis dont il n'est pas établi qu'il soit en cours de validité, la preuve contraire étant au demeurant apportée, du moins à la date de la décision contestée.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision notifiée le 19 juillet 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

8. Les dispositions du I du A de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012 subordonnent l'échange d'un permis de conduire émanant d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen à l'existence d'un accord de réciprocité avec la France. Dès lors, en l'absence d'accord de réciprocité avec le Bénin en matière d'échange de permis de conduire, M. D n'est pas fondé à demander qu'il soit fait injonction au préfet de police de lui délivrer un titre de circulation français. Ses conclusions aux fins d'injonction doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à celles présentées par M. D sur ce terrain.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police de Paris notifiée le 19 juillet 2022 à M. D est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique est mis hors de cause.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique et au préfet de police de Paris.

Rendu public par une mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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