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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203002

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203002

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 septembre 2022 et

15 novembre 2023, M. B E, représenté par Me Tourbier, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022, par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité nord l'a placé en position de disponibilité d'office pour une durée de six mois, ensemble l'avis du comité médical du 8 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité nord de procéder au réexamen de sa demande de placement en congé de longue maladie ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors que sa demande de placement en congé de longue durée, qui est à l'origine de la saisine du comité médical, n'est pas mentionnée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'avis du conseil médical est irrégulier ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'elle se fonde sur l'avis du comité médical, qui ne s'est pas prononcé sur la demande de congé de longue maladie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986, relatif à la liste des maladies donnant droit à congés de longue maladie, dont relève sa pathologie ;

- elle est illégale, dès lors qu'elle se prononce sur l'impossibilité de son reclassement, en méconnaissance de l'article L. 826-3 du code général de la fonction publique et sans avoir examiné les possibilités de reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, le préfet de la zone de défense et de sécurité nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que l'avis du comité médical n'est pas susceptible de recours ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 18 décembre 2023, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 95-1197 du 6 novembre 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, gardien de la paix affecté à la circonscription de sécurité publique d'Amiens, a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 17 mai 2021 jusqu'au 16 mai 2022. Il a demandé, par un courrier du 7 mars 2022, à être placé en congé de longue maladie à compter du 17 mai 2022. Par un arrêté du 12 juillet 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet de la zone de défense et de sécurité nord l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 17 mai 2022.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 6 novembre 1995 portant déconcentration en matière de gestion des personnels de la police nationale, dans sa version en vigueur : " Le recrutement et la gestion des personnels actifs et des personnels techniques et scientifiques de la police nationale peuvent, dans les conditions prévues au présent décret, être délégués, par arrêté du ministre de l'intérieur, aux préfets de zone de défense et de sécurité et, dans les départements d'outre-mer, aux préfets sous l'autorité desquels sont placés les secrétariats généraux pour l'administration de la police () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 décembre 2005 portant déconcentration en matière de gestion des fonctionnaires actifs des services de la police nationale, dans sa version alors applicable : " Pour l'ensemble des trois corps de fonctionnaires actifs des services de la police nationale, à l'exception des personnels servant en administration centrale, les préfets de zone de défense et de sécurité et, dans les départements d'outre-mer, les préfets sous l'autorité desquels sont placés les secrétariats généraux pour l'administration de la police, d'une part, ainsi que le représentant de l'Etat à Saint-Pierre-et-Miquelon et le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, d'autre part, reçoivent délégation pour prendre les décisions concernant : / les congés de maladie prévus au 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, et leur renouvellement ; / les congés de longue maladie prévus au 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 () / - la disponibilité prononcée d'office, en application des dispositions de l'article 51 de la loi du 11 janvier 1984 () ". D'autre part, par un arrêté du 25 février 2022, régulièrement publié le 4 mars 2022 au recueil des actes administratif de la préfecture du Nord, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a donné délégation à M. F D, préfet délégué pour la défense et la sécurité pour signer tous arrêtés relevant des attributions du préfet de zone, et en cas d'absence, à M. C A, pour signer les actes qui concerne les affaires médico-sociales. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste est signée par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, dès lors qu'ils ont été soulevés pour la première fois par un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, les moyens de légalité externe tirés du défaut de motivation de la décision attaquée et de l'irrégularité de l'avis du conseil médical préalable, ne sont pas recevables et seront écartés pour ce motif.

4. En troisième lieu, alors même qu'elle ne se prononce pas explicitement sur la demande présentée par M. E de placement en congé de longue maladie, la décision qu'il conteste y a nécessairement implicitement répondu défavorablement en le plaçant en position de disponibilité d'office. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que sa situation aurait été insuffisamment examinée.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ".

6. Si M. E démontre avoir été empêché d'exercer ses fonctions depuis son arrêt de travail du 17 mai 2021 à raison d'une pathologie ayant nécessité des infiltrations pendant plusieurs mois ainsi qu'une intervention chirurgicale en novembre 2022, il ne ressort en revanche ni des documents médicaux qu'il produit, ni d'aucune autre pièce du dossier que sa pathologie présenterait un caractère invalidant ou de gravité confirmée au sens des dispositions rappelées au point précédent. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste serait entachée d'une erreur de droit en ne l'ayant pas placé en congé de longue maladie, sans qu'ait d'incidence la circonstance, au demeurant non démontrée, qu'elle figurerait sur la liste des maladies donnant droit à congés de longue maladie prévue à l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 826-3 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article L. 2, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement peut être réalisé par intégration dans un autre grade du même corps, du même cadre d'emplois ou le cas échéant, du même emploi. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé.

Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé qui dispose, dans ce cas, de voies de recours ". Aux termes de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation es médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le conseil médical a estimé, par un avis du 8 juillet 222, que M. E était provisoirement inapte à l'exercice d'un emploi et ne pouvait, en conséquence, être reclassé. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'administration, qui, contrairement à ce qu'il soutient, a examiné les possibilités de reclassement, aurait méconnu les dispositions rappelées au point précédent.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet et tirée de ce que l'avis du comité médical n'est pas susceptible de recours , M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. En conséquence, ses conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la zone de défense et de sécurité nord.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la zone de défense et de sécurité nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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