jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, Mme A C épouse D, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2022 par lequel le préfet de la Somme a refusé de procéder au renouvellement de son visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la procédure pénale n'est pas arrivée à son terme et que la réalité des violences conjugales est démontrée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la Somme, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 12 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Basili, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C épouse D, ressortissante marocaine née le 18 avril 1996, s'est mariée au Maroc le 15 décembre 2020, à un ressortissant français. L'intéressée est entrée en France le 7 juillet 2021, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale ", pour rejoindre son époux. Mme D a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français en application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a porté, à cette occasion, à la connaissance des services préfectoraux avoir été victime de violences de la part de son époux et de sa belle-mère Par un arrêté du 26 août 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-3 de ce code dispose que : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". En outre, l'article L. 423-5 du même code précise que : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".
3. Si les dispositions précitées ne créent aucun droit au renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française a été rompue en raison des violences conjugales qu'il a subies de la part de ce dernier, de telles violences, subies pendant la vie commune, ouvrent la faculté d'obtenir, sur le fondement de cet article, un titre de séjour, sans que cette possibilité soit limitée au premier renouvellement d'un tel titre. Il incombe à l'autorité préfectorale, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'intéressé justifie le renouvellement du titre à la date où il se prononce, en tenant compte, notamment, du délai qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie commune et des conséquences qui peuvent encore résulter, à cette date, des violences subies.
4. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 avril 2022, Mme D a déposé plainte pour des faits de violences familiales et conjugales. A cette occasion, l'intéressée a restitué aux services de police un épisode, s'étant déroulé la veille et l'ayant conduit à fuir le domicile conjugal, au cours duquel elle a été prise à parti tant par son époux, violent verbalement, que par sa belle-mère, qui après l'avoir menacée, l'a sortie par la force de chez les voisins chez qui Mme D avait trouvé refuge, lesquels ont fait appel aux secours ainsi qu'aux forces de l'ordre. Le certificat médical dressé le jour de cette agression souligne l'état anxieux dans lequel Mme D est arrivée au service des urgences du centre hospitalier d'Amiens Picardie, ainsi que les excoriations superficielles qu'elle présentait au niveau du cou, causées par des griffures et des agrippements.
5. Par ailleurs, il ressort également du procès-verbal d'audition du 22 avril 2022 ainsi que de la note sociale de l'association AGENA ayant procédé à la mise à l'abri de la requérante et à son hébergement d'urgence, corroborés par les nombreuses attestations de témoins versées au dossier, que l'intéressée évolue dans un climat maltraitant et humiliant sans aucune autonomie tant financière que matérielle et endure de nombreuses pressions, insultes et menaces de la part de son époux, qui s'est opposé à ce qu'elle puisse accéder à tous soins dentaires et médicaux et lui a confisqué tous documents relatifs à son séjour sur le territoire français, ainsi que de sa belle-mère, laquelle exerce un contrôle permanent sur sa personne, son alimentation, ses tenues vestimentaires, ses contacts et ses sorties en dehors du domicile familial. Par suite, et à supposer même que la plainte déposée le 22 avril 2022 aurait été classée sans suite comme le mentionne l'arrêté attaqué, les éléments précédemment décrits, non contredits par le préfet de la Somme, permettent, dans les circonstances très particulières de l'espèce, d'établir que la requérante a été victime de violences, non seulement physiques, mais également psychologiques, préjudiciables à sa situation, de la part de son conjoint et de sa belle-mère, à l'origine de la rupture de la communauté de vie d'avec son époux, à l'encontre duquel il est constant qu'elle a engagé une procédure de divorce. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être accueillis.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 26 août 2022 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Compte tenu de son motif, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit délivré la carte de séjour dont le renouvellement est sollicité par Mme D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Tourbier de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 août 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Tourbier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D, au préfet de la Somme et Me Tourbier.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Pierre, première conseillère,
- Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BL'assesseure la plus ancienne,
Signé
A.-L. PIERRE
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026