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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203315

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203315

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. C A, représenté par

Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2022, par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen global des incidences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il porte une atteinte exercice au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rondepierre, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 21 octobre 2022 à

11 heures.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rondepierre, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien, né le 4 mars 1999, déclare être entré en France le 13 août 2013. Il a fait l'objet, le 20 juillet 2022, d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par arrêté du 16 octobre 2022, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence // l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut-être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'admettre M. C A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à

M. D B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées, au nombre desquelles ne figurent pas les arrêtés portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées ".

5. L'arrêté litigieux cite les dispositions de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, que, si sa reconduite ne peut intervenir immédiatement, son départ demeure toutefois une perspective raisonnable et qu'il semble, eu égard à son adresse connue des services de l'Etat, présenter quelques garanties de représentation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, lequel comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et permet au requérant de connaître les raisons pour lesquelles il est assigné à résidence, doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A au regard des éléments portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort de l'arrêté contesté que, par un arrêté du

20 juillet 2022, notifié le 22 aout 2022, la préfète de l'Oise a édicté à l'encontre de M. A une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que son éloignement ne demeurait pas, à la date de la décision attaquée, une perspective raisonnable, de sorte que la préfète de l'Oise était fondée à l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement des dispositions précitées.

9. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A se prévaut de ce qu'il dispose de liens familiaux stables avec sa compagne, avec qui il vit depuis février 2022, et avec laquelle il a eu un enfant, né le 12 juillet 2022. Par ailleurs, en se bornant à produire une déclaration des revenus perçus au cours de l'année 2021,

M. A n'établit pas sérieusement être professionnellement inséré, contrairement à ce qu'il soutient. En tout état de cause, la mesure qui l'assigne à résider à son domicile de 5h30 à 7h30 et qui lui impose de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Beauvais ne l'empêche ni de maintenir des liens familiaux, ni d'exercer une activité. Enfin, les circonstances qu'il n'ait pas d'antécédent judiciaire et qu'il n'ait plus d'attache en Algérie sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué. Dès lors, il n'est pas établi que l'arrêté litigieux porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, ni une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaitrait les stipulations précitées.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Le requérant, qui n'apporte au demeurant aucun élément à l'appui de ce moyen, n'établit pas que l'arrêté méconnaitrait les stipulations de cet article.

13. En dernier lieu et pour les raisons exposées ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article .761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la préfète de l'Oise et à

Me Nouvian.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé :

A. Rondepierre

La greffière,

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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