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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203488

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203488

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PASQUIER-PICCHIOTTINO-ALOUANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Lille et transmise le 3 novembre 2022 au tribunal administratif d'Amiens, ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 8 novembre 2022, M. D, représenté par Me Alouani demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né le 4 novembre 1987 à Arbaa Sahel (Maroc), déclare être entré en France le 12 octobre 2013, démuni de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 27 octobre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. D'une part, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale de la préfecture de la Somme à l'effet de signer toutes décisions relatives à l'entrée, au séjour des étrangers en France et au droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. D'autre part, les conditions de notification d'une décision, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur l'opposabilité des délais de recours, sont sans influence sur sa légalité. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de notification dans une langue comprise par le requérant, qui, au demeurant, maîtrise le français, doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. En l'espèce, la décision attaquée mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs retenus au soutien des décisions en litige. Le préfet de la Somme a ainsi indiqué que M. A ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, a mentionné les éléments constituant sa situation privée, familiale et administrative et a précisé que son comportement constituait une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision, qui comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles sont fondées, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, est marié depuis le 6 avril 2019 avec une compatriote titulaire d'une carte de résident en cours de validité et que de cette union sont nés deux enfants, âgés de deux ans et trois mois. Toutefois, au soutien de son moyen, M. A n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il a par ailleurs vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident ses parents, ni qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se recompose au Maroc, pays dont le couple a la nationalité et où leurs enfants pourront débuter leur scolarité. Dans ces conditions, et en dépit des efforts que M. A soutient avoir déployés en vue de s'insérer professionnellement, le préfet de la Somme n'a pas porté, en l'obligeant à quitter le territoire français, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnu les stipulations citées au point précédent.

8. En troisième et dernier lieu, eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Somme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision attaquée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision relative au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, distincte de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée. En l'espèce, le préfet de la Somme cite, dans la décision attaquée, les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En troisième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Par ailleurs, l'article L. 612-3 de ce code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. Si M. A soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui a fait l'objet, par arrêté du 30 juillet 2021, d'un refus de titre de séjour ainsi que d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement et s'est, dès lors, maintenu sur le territoire en situation irrégulière à l'expiration du récépissé délivré à l'occasion de sa demande de titre de séjour. L'intéressé entre donc dans le champ d'application des 3° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et pour cette seule circonstance, le préfet de la Somme a pu, en tout état de cause refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions citées au point 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.

14. En quatrième lieu et dernier lieu, comme cela vient d'être dit, le fait que M. A ne présente aucune garantie de représentation suffisante n'est pas au nombre des motifs sur lesquels le préfet de la Somme s'est fondé pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant présente de telles garanties de représentations suffisantes est inopérant, c'est-à-dire sans influence sur la légalité de la décision attaquée, et doit, pour ce motif, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du préfet de la Somme de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. D'une part, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énonce, en outre, les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

17. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. En se bornant à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les dispositions précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A, qui ne se prévaut d'aucun risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. D'une part, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décisions d'interdiction de retour, distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

21. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

22. La décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fonde sur la durée de présence en France de l'intéressé, sur les liens qu'il a tissés sur le territoire, sur la menace pour l'ordre public que son comportement représente ainsi que sur l'existence d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre et à laquelle il n'a pas déféré. Dès lors, le préfet de la Somme a pris en compte, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

23. D'autre part, compte tenu de ce qui vient d'être dit, la situation personnelle de M. A, telle que décrite au point 7 du présent jugement, ne révèle l'existence d'aucune circonstance humanitaire particulière au sens des dispositions précitées. Par suite, le préfet de la Somme n'a ni méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation en interdisant au requérant, de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. De tels moyens ne peuvent, dans ces conditions, qu'être écartés.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du préfet de la Somme portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

P. BLa greffière,

Signé

N. DERLY

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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