vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, Mme A, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention "vie privée et familiale", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors notamment que sa situation médicale et personnelle n'y figure pas ;
- elle est entachée d'incompétence, dès lors que la préfète s'est estimée liée par l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié, d'une part, qu'un rapport a été établi par un médecin instructeur et que, d'autre part, ce médecin n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII ;
- l'avis du collège des médecins est insuffisamment motivé ;
- l'avis du collège des médecins ne contient pas les informations suffisantes pour permettre à la préfète de conclure que le traitement était disponible dans son pays d'origine ;
- l'avis est incomplet, dès lors qu'il ne se prononce pas sur la possibilité de voyager dans son pays d'origine alors que son état de santé ne le lui permet pas ;
- la décision lui refusant un délai de départ est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle est silencieuse sur l'opportunité d'envisager un délai supérieur, compte tenu de ses problèmes de santé ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'elle ne peut pas être prise en charge dans son pays d'origine et, d'autre part, qu'il lui est nécessaire de maintenir le lien thérapeutique en France ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de la durée de sa présence en France, ni de la teneur des soins disponibles dans son pays d'origine, par comparaison avec ceux dont elle pourrait bénéficier en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A s'est vue refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 23 novembre 2022.
Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
30 novembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Delort, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante congolaise, née le 31 décembre 1947, déclare être entrée en France le 11 juin 2014. Elle a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 19 novembre 2021. Par arrêté du 26 septembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit de retourner en France pendant une durée de deux ans.
2. En premier lieu, la décision refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que sa demande a été soumise à l'avis du collège des médecins de l'OFII, aux termes duquel son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'un traitement existe dans son pays, et précise qu'aucune pièce du dossier ne contredit cet avis, ni ne justifie qu'elle ne pourrait pas bénéficier des traitements disponibles dans son pays. Par ailleurs, la décision l'obligeant à quitter le territoire vise le 3° de l'article L. 611-1, les articles L. 611-3 et L. 251-2 du code précité, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale Au surplus, l'avis du collège des médecins de l'OFII indique que rien ne s'oppose à sa capacité de voyager. En outre, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire vise le 3° de l'article L. 612-2 et rappelle que Mme A a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les
30 mars 2018 et 10 septembre 2020, auxquelles elle s'est soustraite. De plus, la décision fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination vise les articles L. 612-12 et
L. 721-4 du code précité et indique, d'une part, que Mme A se réclame de la nationalité congolaise et, d'autre part, qu'elle ne justifie pas de motifs de croire que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays. Enfin, la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français, qui vise l'article L.612-8 du code précité, rappelle la date d'entrée en France, l'absence d'intégration notable dans la société française, les deux mesures d'éloignement précédemment édictées et l'absence de menace particulière pour l'ordre public du comportement de Mme A. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté manque en fait.
3. En deuxième lieu, en précisant qu'aucune pièce du dossier n'est de nature à contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII, la préfète ne s'est pas tenue au seul avis de ce collège. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle se serait crue liée par le sens de cet avis doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R.425-11 du même code : " () L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () " et selon l'article R.425-13 du même code : " () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau par lequel l'OFII a transmis à la préfète l'avis du collège, produit par le préfet en défense, d'une part, qu'un rapport médical relatif à la situation de Mme A a été établi le 10 août 2022, par un praticien et, d'autre part, que ce praticien ne figure pas parmi les membres du collège qui ont siégé le 12 août 2022.
6. D'autre part, il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII que ces derniers se sont prononcés sur la disponibilité du traitement de Mme A dans son pays, ainsi que sur la possibilité de voyager sans risque vers ce même pays.
7. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché de vices de procédure.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier d'un certificat médical daté du 11 avril 2022 adressé à l'OFII, que Mme A est atteinte de plusieurs pathologies, dont la nécessité de prise en charge est d'ailleurs reconnue dans la décision litigieuse. Si la requérante a par ailleurs expliqué, dans la lettre accompagnant sa demande de titre de séjour, avoir des difficultés à se déplacer seule, il n'est toutefois pas établi que son état nécessite que l'ensemble de ses déplacements se fasse en fauteuil avec une équipe médicale, contrairement à ce qu'elle soutient dans sa requête. Enfin, en se prévalant, d'une part, de ce que le système de soins en Angola est défaillant, et d'autre part, de ce qu'elle ne pourra pas y financer son traitement, alors que le pays à destination duquel la mesure d'éloignement prononcée est la République démocratique du Congo, Mme A ne fait état d'aucun élément de nature à établir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et selon l'article L.612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
10. Il ressort de la décision litigieuse que Mme A a fait l'objet de deux décisions d'éloignement en 2018 et 2020, qu'elle n'a pas exécutées. Par suite, et sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de la nécessité d'indiquer dans la décision contestée la possibilité de demander un délai de départ volontaire plus long, dès lors que cette possibilité n'est ouverte qu'en cas d'octroi d'un délai de départ, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire serait insuffisamment motivé.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
12. Il ressort de la note rédigée par la structure d'hébergement qui l'accueille, à l'appui de sa demande de titre de séjour, d'une part, plusieurs éléments relatifs aux pathologies et suivis médicaux de Mme A et, d'autre part, que cette dernière maitrise la langue française. Il y est en outre mentionné qu'elle s'est intégrée au système français en accomplissant des démarches avec l'équipe éducative du dispositif d'hébergement d'urgence. Pour autant,
Mme A déclare être la mère de sept enfants vivant en Angola et en République démocratique du Congo et avec lesquels elle ne démontre pas ne plus avoir de contacts et a demeurant vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 70 ans. Dans ces conditions, et alors même qu'elle bénéficierait de l'aide alimentaire d'une association caritative et de sa communauté religieuse, l'arrêté attaqué n'a pas porté d'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations précitées.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Il ressort des pièces des pièces du dossier, d'une part, que l'arrêté rappelle la date d'entrée en France de Mme A et, d'autre part, qu'un traitement approprié existe dans son pays d'origine. Si la requérante soutient que la préfète n'a pas tenu compte de la teneur des soins disponibles dans son pays, par comparaison avec ceux dont elle pourrait bénéficier en France, elle n'établit toutefois aucun élément à l'appui de son moyen. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français méconnaitrait les dispositions précitées à raison de ces circonstances.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise doivent être rejetées, ainsi que celles présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- M. Thérain, président assesseur,
- Mme Rondepierre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
C. Binand
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026