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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203504

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203504

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2022, M. C A B représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 octobre 2022, par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités bulgares en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est issu d'une procédure irrégulière faute de mise en oeuvre des garanties prévues par l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- il est pris sur une procédure irrégulière en l'absence d'accord des autorités bulgares pour sa reprise en charge ;

- il est entaché d'erreur de droit dans l'application des articles 20 et suivants du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que l'Autriche est le pays responsable de l'examen de sa demande ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses attaches en France justifient la mise en œuvre des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 afin de permettre l'examen de sa demande d'asile par la France ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Binand, magistrat désigné, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 22 juin 1999, a présenté le 26 septembre 2022 une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Oise. La consultation du système d'information " Eurodac" " a fait apparaitre qu'il avait présenté une demande d'asile en Bulgarie le 21 juillet 2022 et en Autriche le 31 août 2022. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités bulgares pour l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée, une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et qui permet d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. En l'espèce, il ressort des motifs exposés dans l'arrêté contesté que la première demande de protection internationale de M. A B a été déposée en Bulgarie et que les autorités de ce pays ont donné leur accord à sa reprise en charge le 4 octobre 2022, sur le fondement du c) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013. Il est indiqué, en outre, que les autorités autrichiennes également, saisies d'une demande de reprise en charge l'ont rejetée ce qui a conduit le préfet du Nord à estimer que M. A B devait être transféré vers la Bulgarie, Etat membre-responsable de l'examen de sa demande d'asile et comme tel tenu de le reprendre en charge en vertu de l'article 23 de ce règlement. En énonçant ces considérations, le préfet du Nord, qui n'avait pas à décrire l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A B ni à exposer les motifs du refus de reprise en charge par les autorités autrichiennes, a mis ce dernier à même de comprendre les motifs de droit et de fait sur lesquels l'arrêté est fondé et donc de les discuter utilement devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier produites en défense, que les autorités bulgares ont été saisies le 5 octobre 2022 par la France d'une demande de reprise en charge de M. A B à laquelle elles ont donné une réponse favorable le 18 octobre. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision de transfert litigieuse a été prise sans demande de reprise en charge auprès des autorités bulgares et sans accord de ces autorités pour cette reprise en charge, en méconnaissance respectivement des articles 23 et 25 du règlement du 26 juin 2013, manquent en fait et doivent être écartés.

4. En troisième lieu, si le requérant se prévaut d'une méconnaissance de son droit à être informé dans une langue qu'il comprend des conditions d'application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en vertu duquel son transfert a été ordonné, il ressort des pièces du dossier, produites en défense, que la brochure commune A et B visée au paragraphe 2 de l'article 4 de ce règlement lui a été remise en langue pachtou, que l'intéressé a déclaré lire et comprendre, lors d'un entretien individuel le 26 septembre 2022, dans cette langue et dont le résumé, signé de sa main, ne comporte aucune réserve. Il n'est ni établi, ni au demeurant soutenu, que cette brochure n'aurait pas comporté les informations mentionnées au paragraphe 1 de ce même article. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions manque en fait et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce qu'en vertu des articles 20 et suivants du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile de M. A B incombe, non à la Bulgarie mais à l'Autriche, dès lors que cet Etat a enregistré la dernière demande de protection internationale présentée avant l'entrée en France et qu'il n'a pas mis en oeuvre le transfert de l'intéressé vers la Bulgarie, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire des Etats-membres par la Bulgarie le 21 juillet 2002, soit moins de douze mois avant la décision contestée, qu'il n'établit pas de trouver dans l'un des cas prévus à l'article 19 de ce règlement et qu'il ne conteste pas se trouver dans le cas prévu par les dispositions du c) de l'article 18, sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé, qui est celui du ressortissant de pays tiers qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont l'arrêté serait entaché à ce titre doit être écarté.

6. En cinquième lieu, M. A B, a déclaré être entré en France le 10 septembre 2022, être marié avec une compatriote qui ne l'accompagne pas et ne pas avoir d'enfants mineurs. Il n'apporte aucun élément de nature à apprécier la réalité et l'intensité des attaches familiales présentes en France dont il se prévaut sommairement à l'instance pour soutenir que sa demande d'asile doit être examinée par les autorités françaises, alors, d'ailleurs, qu'il a indiqué lors de l'entretien individuel mentionné au point 4, n'avoir aucune famille en France. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en refusant de faire application à M. A B de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, n'a pas entaché sa décision de transfert d'une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Enfin, la requête de M. A B, qui n'a produit aucune des pièces annoncées au soutien de ses moyens et arguments, y compris à l'audience, à laquelle il n'était ni présent ni représenté, étant manifestement dénuée de fondement au sens et pour l'application de l'article 7 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de l'admettre d'office à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

C. BINANDLa greffière,

signé

F. CLIQUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203504

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