jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LENOUVEL ALVAREZ CLARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 et 15 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Lenouvel Alvarez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- il n'est pas justifié de la compétence de leur signataire ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, qui a exercé une influence sur le sens de la décision et l'a privé d'une garantie, dès lors qu'il n'est pas justifié de l'habilitation des agents instructeurs ayant consulté le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, notamment dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas une menace à l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, qui a exercé une influence sur le sens de la décision et l'a privé d'une garantie, dès lors qu'il n'est pas justifié de l'habilitation des agents instructeurs ayant consulté le FAED ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation et ne résulte pas d'un examen approfondi de sa situation ;
- ses modalités d'exécution sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comprend aucun moyen et aucune conclusion ;
- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable dès lors que les moyens sont présentés de manière trop imprécise pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bazin, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, magistrate désignée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain, né le 22 juin 1991, est entré en France en mars 2019 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de " travailleur saisonnier " valable du 11 mars au 9 juin 2019. Il s'est ensuite vu délivrer par le préfet du Vaucluse une carte de séjour pluriannuelle valable du 24 mai 2019 au 23 mai 2022. Le 9 novembre 2022, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours et viol par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. M. A C a fait l'objet de deux arrêtés de la préfète de l'Oise, en date du 10 novembre 2022, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 8 de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E B, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées, au nombre desquelles ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En second lieu, M. A C soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'intéressé n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, ce dernier peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition par les services de police en date du 9 novembre 2022, que M. A C a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ou d'un pays où il est légalement admissible, éventuellement assortie d'une assignation à résidence et d'une interdiction de retour en France, et qu'il a été entendu sur sa situation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que soit prise la décision attaquée. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que les agents instructeurs des services de la préfecture auraient consulté, lors de l'enquête administrative, les informations relatives à l'intéressé par le biais du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED). Par suite, le moyen tiré de la consultation irrégulière du FAED doit être écarté.
7. En troisième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes de cette décision que, pour obliger M. A C à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le motif tiré de ce que le dernier titre de séjour de l'intéressé est arrivé à expiration en mai 2022 et qu'il s'est vu refusé la délivrance d'un titre de séjour par décision du 7 mars 2022. La décision mentionne également les éléments pertinents relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que la circonstance qu'il déclare être en concubinage, sans emploi déclaré et sans ressources légale, et qu'il conserve des fortes attaches dans son pays d'origine. Par suite, la décision, qui n'est pas rédigée de façon stéréotypée et qui n'est pas tenue d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A C se prévaut de ce qu'il réside en France depuis le mois de mars 2019, qu'il disposait d'une situation professionnelle stable jusqu'à l'expiration de son titre de séjour en mai 2022, qu'il est marié avec une ressortissante française, que d'autres membres de sa famille sont présents en France et qu'il maîtrise la langue française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son mariage avec une ressortissante française en date du 4 mai 2022 est très récent, que le couple est désormais séparé, que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 9 novembre 2022 pour des faits de violence et viol sur sa conjointe qui a porté plainte le 1er août 2022 à son encontre et qui indique, par un courrier du 1er août 2022, que le couple ne vit plus ensemble et qu'une procédure de divorce est en cours. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère, ainsi que ses frères et sœurs. Si le requérant soutient posséder des attaches familiales et personnelles en France, il ne justifie par aucune pièce produite au dossier de leur existence ou de leur intensité. Par ailleurs, le requérant, qui indique être sans emploi déclaré ni ressource légale, ne se prévaut d'aucun élément permettant de caractériser une intégration particulière dans la société française. Enfin, s'il se prévaut de ce que les faits qui lui sont reprochés et pour lesquels il a fait l'objet d'une interpellation et d'une garde à vue ne constituent pas une menace à l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se fonde sur le motif tiré de ce que l'intéressé s'est vu refuser le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à
L. 743-15 et L. 751-5 ".
11. En premier lieu, la décision attaquée cite les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article
L. 612-3 du même code qui énumèrent différentes situations dans lesquelles la préfète peut refuser d'octroyer à l'étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un délai de départ volontaire. Elle expose notamment que M. A C s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, qu'il s'est vu refuser sa demande de renouvellement de titre, qu'il n'est pas demandeur d'asile, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il indique une adresse sur la commune de Compiègne et qu'il est défavorablement connu des services de police. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
12. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A C s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son titre de séjour dont le renouvellement lui a été refusé. Il ressort par ailleurs des termes de la décision attaquée, et il n'est pas contesté, qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que l'intéressé se trouvait dans l'un des cas prévus à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de regarder comme établi, en l'absence de circonstances particulières, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français et ainsi décidé de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire en application du 3° de l'article L. 612-2 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le moyen tiré de la consultation irrégulière du FAED doit être écarté.
15. En troisième lieu, la décision attaquée cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière de nature à justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. La décision ajoute que l'intéressé est présent en France depuis mars 2019, que la durée de son séjour en France n'est donc pas particulièrement importante, que sa présence auprès des attaches qu'il aurait en France n'est pas indispensable, qu'il ne justifie pas d'une intégration notable dans la société française, que ses liens avec la France ne sont pas particulièrement anciens, intenses et stables, qu'il est défavorablement connu pour des faits de conduite sans permis et violence sur conjoint et que sa présence est susceptible de menacer l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation.
16. En quatrième lieu, les moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis l'expiration de son titre de séjour le 23 mai 2022, dont le renouvellement a été refusé par décision du 7 mars 2022 de la préfète de l'Oise. D'une part, le requérant n'établit, ni même n'allègue que sa situation ferait obstacle, en raison de circonstances humanitaires particulières, à ce qu'il puisse faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, eu égard aux circonstances rappelées au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, nonobstant la circonstance selon laquelle le requérant ne représenterait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
20. En premier lieu, les moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écarté.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
22. D'une part, M. A C soutient que l'arrêté portant assignation à résidence ne résulte pas d'un examen approfondi de sa situation et est entachée d'une erreur d'appréciation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué portant assignation à résidence est fondé sur l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dès lors, en application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise était fondée à prendre à l'encontre de M. A C une mesure d'assignation à résidence. D'autre part, M. A C soutient la décision portant assignation à résidence est manifestement disproportionnée. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci assigne M. A C, domicilié à Compiègne, à résidence chaque jour de 5 heures 30 à 7 heures 30, lui interdisant de sortir du département de l'Oise sans autorisation et lui fait obligation de se présenter au commissariat de police de Compiègne, sis 41 rue Saint Germain, les lundi, mardi et vendredi matin. Eu égard aux circonstances rappelées au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces conditions d'assignation soient incompatibles avec les obligations du requérant qui ne fait état d'aucune circonstance particulière. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté portant assignation à résidence pris à son encontre ne résulte pas d'un examen approfondi de sa situation, est entaché d'une erreur d'appréciation et est disproportionné doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
L. Bazin
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026