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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203588

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203588

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 12 novembre 2022, M. C A, représenté D Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 D lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros D jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de fait alors qu'il établit le caractère sérieux de son parcours scolaire ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la préfète n'a pas porté une appréciation globale sur les critères posés D ces dispositions ;

- il méconnait les articles L. 423-22 et 23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de sa situation personnelle en France.

D un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés D M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 9 novembre 2022.

D ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

1er décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 17 septembre 2004, déclare être entré en France le 27 août 2019. Il a alors été pris en charge D les services de l'aide sociale à l'enfance. Ayant atteint sa majorité, il a sollicité son admission au séjour le 26 septembre 2022 mais a vu cette demande rejetée D l'arrêté attaqué du 12 octobre 2022 qui lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée D le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaille la situation de M. A D des considérations qui lui sont propres. D suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète a fondé son refus de délivrance d'un titre de séjour sur l'absence de caractère sérieux de la formation suivie D

M. A constatée au vu de ses bulletins et absences qui l'ont d'ailleurs conduit à une réorientation professionnelle, sur l'existence d'attaches familiales fortes en Tunisie où résident ses parents et sa sœur, alors même que son frère réside en France, et sur les difficultés de son insertion dans la société française qui résultent notamment de l'avis de sa structure d'accueil, bien que celle-ci note une amélioration depuis 2021, et enfin, au regard de ses différentes interpellations y compris récemment. A cet égard, alors que les difficultés scolaires de M. A sont établies D les pièces du dossier, leur réalité n'étant d'ailleurs pas contestée D le requérant, la préfète pouvait sans commettre d'erreur de fait les prendre en compte dans son appréciation de la situation de l'intéressé.

7. D ailleurs, compte-tenu de ce qui vient d'être exposé et que les pièces du dossier établissent, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Oise a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il s'est vu proposer un contrat " jeune majeur " D le département de l'Oise et un contrat d'apprentissage. Il résulte en outre de ce qui précède que la préfète de l'Oise a procédé à une appréciation globale de sa situation au regard des critères posés D l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Compte-tenu de la situation personnelle de M. A telle qu'exposée aux points 6 et 7, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, D voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Nouvian et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A-L B

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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