mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2203637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GOLDMAN & QUINQUIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
E une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. B D, représenté E Me Quinquis, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 novembre 2022 E laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Liancourt a prononcé son placement initial à l'isolement pour une durée de trois mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de
1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée en l'espèce et il n'existe aucune circonstance particulière justifiant que cette présomption puisse être renversée ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, soulevés dans la requête au fond jointe au recours ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit d'être assisté E un avocat lors de la procédure contradictoire prévue à l'article R. 213-21 du code pénitentiaire a été méconnu du fait de la réalisation du débat contradictoire la veille de la date annoncée dans la convocation à son avocat ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le délai de trois heures pour consulter les éléments de la procédure prévu à l'article R. 312-21 du code pénitentiaire n'a pas été respecté ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas de mention des nom prénom et qualité du signataire, en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée a été signée E une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le chef d'établissement s'est cru en situation de compétence liée pour édicter la mesure de placement à l'isolement à la suite des conclusions de l'évaluation réalisée au quartier d'évaluation de la radicalisation du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs sur l'exactitude matérielle des faits dès lors que le ministre ne peut s'appuyer pour justifier la mesure sur le seul motif d'incarcération du détenu, qu'aucun élément ne démontre sa dangerosité, alors qu'il était affecté en détention ordinaire au centre pénitentiaire de Laon du 12 juin 2021 au 1er août 2022, et que les faits, relatifs à l'adhésion à une idéologie violente et aux discussions sur la religion, avancés dans la décision attaquée, ne suffisent pas à démontrer la nécessité de la mesure ;
- la décision est contraire aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
E un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022 à 13h15, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite compte tenu des circonstances particulières tenant à la situation de M. D, à son profil pénal et pénitentiaire et à la nécessité de préserver l'ordre public de l'établissement ; que compte tenu des conclusions du rapport du quartier d'évaluation de la radicalisation du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, il pourrait mettre en danger la sécurité de l'établissement et des autres personnes détenues ; les conditions de détention à l'isolement ne justifient pas l'urgence ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure régulière dès lors que l'avocat de M. D a été convoqué le 9 novembre 2022 à 15h18 alors que le débat contradictoire s'est tenu le 10 novembre 2022 de 15h50 à 16h50 ; que la date du 9 novembre 2022 inscrite sur la décision est une " erreur matérielle " tant en ce qui concerne la date du débat contradictoire qu'en ce qui concerne la date de la décision attaquée, qui sont intervenus le 10 novembre 2022 après un délai de 24 heures pour présenter des observations ; cette erreur matérielle est sans influence sur la légalité de la décision et " l'établissement a régularisé la décision postérieurement " ;
- la décision attaquée est lisible et permet d'identifier sa signataire, Mme A, cheffe d'établissement, qui n'avait pas besoin d'une délégation de signature ;
- la décision pouvait légalement prendre en compte les conclusions du rapport d'évaluation du quartier d'évaluation de la radicalisation de Vendin-le-Vieil ; elle n'est pas entachée d'erreur de droit de ce fait ; elle est fondée sur la nécessité d'éviter les risques pour l'établissement compte tenu du comportement de M. D en raison de ses fortes aspirations religieuses et de son influence sur ses codétenus ;
- elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu des motifs de ses condamnations et de son comportement ;
- le moyen tiré de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas étayé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2203693, enregistrée le 15 novembre 2022, E laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le codes des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 29 novembre 2022 à 13h30.
Au cours de l'audience publique du 29 novembre 2022 à 13h30, a été entendu, en présence de Mme Grare, greffière d'audience, le rapport de Mme C.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée E la juridiction compétente ou son président ".
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. M. D est écroué dans divers établissements pénitentiaires depuis le 29 juin 2016. Il a fait l'objet dès le 1er juillet 2016 d'un placement à l'isolement en urgence en raison de son profil et de l'influence négative qu'il serait susceptible d'exercer sur la population pénale. Cette mesure a été levée le 13 mars 2018 lors de son intégration au quartier d'évaluation de la radicalisation (QER) de la maison d'arrêt d'Osny. Transféré ensuite au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, il a été à nouveau placé à l'isolement à compter du
3 avril 2019. Cette mesure a été constamment prolongée ensuite et E décision du 30 avril 2021, le ministre de la justice a prolongé son placement à l'isolement pour une durée de trois mois à compter du 1er mai 2021, à la suite de son affectation au centre pénitentiaire de Laon. L'exécution de cette décision a été suspendue E une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens en date du 11 juin 2021, à la suite de laquelle M. D a été placé en régime de détention ordinaire jusqu'au 1er août 2022. A cette date il a été affecté au QER du centre pénitentiaire de Vendin-le-Veil. A l'issue de son évaluation, il a été affecté à compter du 9 novembre 2022 au centre pénitentiaire de Liancourt, et a été le jour même placé provisoirement à l'isolement en urgence puis, E une décision du 9 novembre 2022, il a fait l'objet d'une mesure de placement initial à l'isolement pour une durée de trois mois. Le requérant demande au juge des référés de suspendre la décision du 9 novembre 2022 E laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt a décidé son placement à l'isolement.
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis E le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée E cet article.
7. En défense, le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir que des circonstances particulières s'opposent à ce que l'urgence soit reconnue en l'espèce. Le ministre se fonde sur le profil pénal et pénitentiaire du détenu, qui a fait l'objet de condamnations pour des infractions terroristes notamment, le 11 janvier 2021, pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, et son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés. Il soutient également que l'intéressé a fait l'objet d'un rapport d'évaluation du QER du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil en date du 14 octobre 2022 concluant que compte tenu de son positionnement idéologique marqué E une adhésion à une idéologie religieuse radicale en rupture avec la société et E un ressentiment puissant contre la France, il existe un risque de prosélytisme avéré. Cependant, alors que le requérant a été placé en régime de détention ordinaire au sein du centre pénitentiaire de Laon à la suite de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens en date du 11 juin 2021 suspendant l'exécution d'une décision de prolongation d'isolement du 30 avril 2021, et qu'un régime normal de détention lui a donc été appliqué du 12 juin 2021 au 1er août 2022, le ministre ne fait état d'aucun fait ou élément survenu durant cette période de nature à corroborer l'existence d'un risque de prosélytisme chez ce détenu. M. D établit d'ailleurs avoir été admis E l'administration pénitentiaire, malgré son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés, à participer à un stage de formation au sein du centre pénitentiaire de Laon de novembre 2021 à février 2022. Si le rapport du QER du 14 octobre 2022 préconise une mise à l'isolement de M. D dans son futur établissement en raison d'un risque de prosélytisme et d'adhésion à une idéologie religieuse radicale, les éléments invoqués à l'appui de cette conclusion restent généraux et sont essentiellement relatifs à la circonstance que le détenu a été observé régulièrement au QER en train de discuter de religion, y compris la nuit, avec des codétenus, sans que le contenu de ces discussions ne soit exposé. Si le rapport précise que
M. D possède des livres religieux dont cinq sont décrits comme particulièrement problématiques, connotés, et de nature à le renforcer dans les raisonnements victimaires qu'il développe lors de l'évaluation, trois seulement de ces livres font l'objet d'une analyse très lapidaire E ledit rapport, et aucun élément du rapport ne vient corroborer l'hypothèse d'un risque de prosélytisme et de diffusion d'une idéologie religieuse radicale du requérant vers les autres détenus, les seuls propos partagés E l'intéressé avec d'autres détenus qui sont relatés dans le rapport ayant trait au caractère injuste de son placement au QER vécu comme discriminatoire en raison de sa religion, E rapport à d'autres catégories de détenus. Enfin, le rapport du QER relève que M. D, bien qu'exprimant un puissant ressentiment contre la France et refusant de reconnaître les faits à l'origine de ses condamnations pénales, montre de bonnes capacités à gérer ses émotions, qu'il a respecté le règlement du QER malgré la contestation répétée de son affectation au QER, et indique en page 10 qu'il n'y a pas de risque de passage à l'acte en détention. E suite, au regard de l'ensemble de la situation du détenu depuis son placement en régime de détention ordinaire en 2021, les éléments invoqués E le ministre ne sont pas de nature à établir un risque pour la sécurité de l'établissement justifiant qu'il soit fait échec à la présomption d'urgence. Enfin, si le ministre rappelle que M. D peut bénéficier de parloirs, de communications téléphoniques fréquentes en cellule, d'une promenade quotidienne et d'activités sportives, de telles circonstances ne sont pas davantage de nature à faire échec à la présomption d'urgence en la matière. La condition d'urgence doit donc être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
8. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée E l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement E mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites./ L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire./Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus E les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité. / Lorsqu'une personne détenue est placée à l'isolement, elle peut saisir le juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. ". Aux termes de l'article R. 213-21 du même code : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initiale ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, E écrit, des motifs invoqués E l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef de l'établissement pénitentiaire peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, ni à son avocat, les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou de l'établissement. / () Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé E elle. / () La décision est motivée. Elle est notifiée sans délai à la personne détenue E le chef de l'établissement. " Selon l'article R. 213-13 du même code : " Le chef de l'établissement pénitentiaire décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée. () " Aux termes de l'article R. 213-30 du code pénitentiaire : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. () ".
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 9 novembre 2022 à 10h40,
M. D a été informé qu'il était envisagé de le placer à l'isolement et a été invité à présenter ses observations lors d'une audience prévue le 10 novembre 2022 à 15h00. Le
9 novembre 2022 à 14h45, M. D a indiqué qu'il souhaitait être représenté E son avocat lors de l'audience contradictoire. Le 9 novembre 2022 à 15h18, le centre pénitentiaire de Liancourt a fait parvenir E télécopie à l'avocat de M. D une convocation pour l'audience prévue le 10 novembre 2022 à 15h00 en précisant à cet avocat qu'il pourrait s'entretenir avec M. D et consulter les pièces de la procédure à partir du 10 novembre 2022 à 14h00. Toutefois, tant la décision attaquée produite E le requérant que la version de cette décision produite E l'administration indiquent que la décision de placement à l'isolement a été prise dès le 9 novembre 2022 et notifiée au détenu le 9 novembre 2022 à 16h39. Cette décision précise qu'elle a été prise après que les observations orales de
M. D ont été recueillies " lors de l'audience du 9 novembre 2022 " et que son avocat était absent lors de cette audience. Si le ministre soutient en défense que la date de l'audience et la date d'édiction de la décision mentionnée sur cette décision sont toutes deux entachées d'une erreur matérielle sans incidence sur la légalité de la décision et que l'audience comme la décision seraient intervenus le 10 novembre 2022, la date du placement initial à l'isolement à compter du 9 novembre 2022 figure toutefois à plusieurs reprises dans la décision attaquée, qui précise aussi que l'audience s'est tenue le 9 novembre 2022. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que la décision attaquée, notifiée selon les mentions portées E l'administration, " le 9 novembre 2022 à 16h39 " n'aurait, en dépit de cette indication, été édictée que le lendemain. A cet égard, la mention manuscrite supplémentaire présente, sous la signature de son auteur, sur la copie de la décision attaquée produite E le ministre à l'appui de son mémoire et qui indique " Pour régularisation le débat a eu lieu le 10 novembre 2022 ", ne permet nullement d'établir que la décision attaquée aurait été prise le 10 novembre 2022. S'il résulte des pièces produites E le ministre que M. D a effectivement participé à un second " débat contradictoire " le 10 novembre 2022 à 15h50, il est constant que la décision prise la veille n'a pas été rapportée et qu'aucune nouvelle décision de placement à l'isolement n'a été prise à l'issue de ce second débat, dont le compte-rendu écrit n'est d'ailleurs pas produit à l'instance. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire, dès lors que l'avocat de
M. D n'a pas été utilement mis en mesure de le représenter lors de l'audience contradictoire prévue le 10 novembre, et que le requérant et son avocat n'ont pas bénéficié d'un délai suffisant pour préparer leurs observations, sont de nature, compte tenu des garanties dont l'intéressé a été privé en l'espèce, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. D a été condamné le 3 juin 2015 E la chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat à une peine d'emprisonnement pour des faits de constitution d'une bande criminelle en vue de préparer et de commettre des actes terroristes. Il a été également condamné le 7 mars 2019 E le tribunal correctionnel de Paris à une peine de seize ans d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, en récidive. La condamnation a été confirmée en appel le 11 janvier 2021 et le pourvoi en cassation du requérant n'a pas été admis. Le requérant est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés. Si des actes de prosélytisme et de menaces envers le personnel pénitentiaire ont été commis E M. D au cours des années 2018 et 2019, justifiant les premières mesures d'isolement, il ne résulte pas de l'instruction, notamment des observations du personnel pénitentiaire le concernant produites au dossier et relatives à l'année 2019 et au début de l'année 2020, qu'il aurait récidivé en la matière de façon récente, le rapport du QER du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil du 14 octobre 2022 évoquant surtout l'expression d'opinions politiques, d'un positionnement de victime, et de critiques envers les institutions françaises sans faire état d'actes particuliers de prosélytisme ni de propos menaçants ou violents, ou de violence quelconque. Aucun incident ou élément relatif au comportement de M. D au sein du centre pénitentiaire de Laon entre juin 2021 et août 2022 après la suspension de l'exécution de la décision de renouvellement de placement à l'isolement, n'est d'ailleurs invoqué E le ministre de la justice pour corroborer un risque pour l'établissement ou les autres détenus. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le rapport du QER du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil réalisé à l'issue de deux mois d'évaluation reste nuancé sur le comportement du détenu, écarte tout risque de passage à l'acte en détention, et ne fait état d'aucun élément concret quant au contenu des propos tenus E le requérant vis-à-vis des autres détenus de nature à accréditer le risque de prosélytisme religieux pointé en conclusion de ce rapport et justifiant la proposition de mise à l'isolement.
11. Il n'est donc manifestement pas démontré, en l'état de l'instruction, que la mesure d'isolement attaquée constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise E la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt est donc de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
12. Il résulte de ce qui précède sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur l'application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
13. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. E suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocat de M. D renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le paiement à Me Quinquis de la somme de 1500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1500 euros sera versée à M. D.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 9 novembre 2022 E laquelle la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt a ordonné le placement à l'isolement de M. B D est suspendue jusqu'au jugement au fond de la requête n°2203693.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Quinquis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Quinquis, avocat de M. D, une somme de 1500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1500 euros sera versée à M. D.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Me Quinquis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Amiens, le 30 novembre 2022.
La juge des référés,
Signé :
C. CLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026