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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2204053

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2204053

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2204053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 et 26 décembre 2022, D C B, représentée par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022, par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Nouvian sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, compte tenu de sa situation d'isolement dans son pays d'origine, elle a fixé ses principaux intérêts et attaches en France, où sont nés deux de ses enfants, de deux unions différentes, elle justifie d'une durée de présence en France significative et elle parle français couramment ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle n'a plus de lien avec les membres de sa famille depuis 2014 et qu'elle s'exposerait à des risques de représailles en retournant en République démocratique du Congo ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que ses deux enfants nés en France disposent de repères exclusivement sur le territoire français, où résident leurs pères, l'un d'eux justifiant par ailleurs contribuer à l'éducation de sa fille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

D C B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2023.

Par ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2023, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de D Rondepierre, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. D C B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 14 mars 1989, déclare être entrée en France le 1er août 2015. Par un arrêté du 24 novembre 2022, dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

3. D C B déclare être arrivée en France le 1er août 2015, sans toutefois pouvoir justifier de sa présence sur le territoire français avant la naissance de sa fille le 9 mai 2016. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle a été définitivement déboutée de sa demande d'asile, en dernier lieu, par une décision du 18 septembre 2018 de la cour nationale du droit d'asile et qu'elle a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 7 mai 2019, à l'exécution de laquelle elle s'est toutefois soustraite. Si elle se prévaut de ce que ses deux plus jeunes filles sont nées France en 2016 et en 2021, de deux unions différentes, elle ne fait toutefois état d'aucun lien avec le père de la première, ni de liens d'une particulière intensité avec le père de la seconde. Par ailleurs, l'intéressée, qui ne justifie ni d'un emploi, ni de ressources, est hébergée en foyer d'urgence. Enfin, elle ne démontre pas ne pas pouvoir reconstituer sa cellule familiale en République démocratique du Congo. Par suite, D C B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire, la préfète de l'Oise aurait méconnu les stipulations précitées.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Il ressort des pièces du dossier que les deux plus jeunes filles de D C B sont nées en France en 2016 et 2021, de deux unions différentes, la plus âgée étant scolarisée en cours préparatoire depuis la rentrée 2022. Il n'est toutefois pas établi que les enfants ne pourraient poursuivre normalement leur scolarité en République démocratique du Congo. Enfin, il n'est pas démontré que les pères respectifs des deux enfants, qui sont également ressortissants de ce dernier pays, résideraient régulièrement en France, alors qu'au demeurant, l'un d'entre eux fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français alors même qu'il atteste contribuer à l'éducation de sa fille, et ont ainsi vocation à retourner dans ce pays. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations précitées.

6. En troisième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Personne ne peut infliger à quiconque des blessures ou des tortures. Même en détention, la dignité humaine doit être respectée ".

7. D B, qui n'établit aucun élément sur les risques de représailles qu'elle encourrait en retournant dans le pays dont elle a la nationalité et où résident ses deux autres enfants, n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet, la préfète aurait méconnu les stipulations précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de D C B à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de D C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à D A C B , à Me Nouvian et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Richard, premier conseiller,

- D Rondepierre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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