jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300031 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023 sous le n° 2300031, M. A C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant fixation du pays de destination porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 février 2023.
Par décision du 8 février 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II- Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023 sous le n° 2300032, Mme D B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant fixation du pays de destination porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 février 2023.
Par une décision du 8 février 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bazin, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant kosovar, et Mme B, ressortissante serbe, nés respectivement les 14 janvier 1990 et 30 juillet 1996, sont entrés en France en 2016 selon leurs déclarations. Le 31 mars 2022, ils ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 16 décembre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de leur reconduite à la frontière et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
2. Les requêtes n°s 2300031 et 2300032 concernent la situation d'un couple, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent les textes dont ils font application, notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 611-1, L. 612-1 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les arrêtés précisent les circonstances de fait propres à la situation des requérants, notamment leurs conditions d'entrée et de séjour en France, la circonstance qu'ils sont mariés et sont tous les deux en situation irrégulière, que le couple a deux enfants nés en 2017 et 2020, qu'ils ne justifient pas d'une intégration ancienne, intense et stable dans la société française, qu'ils n'ont ni logement personnel, ni ressources légales et qu'ils ne justifient pas de leur présence indispensable aux cotés des membres de leur famille présents en France. Ainsi, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des arrêtés attaquées manquent en fait et doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. M. C et Mme B font valoir qu'ils sont présents sur le territoire français depuis 2016, que leurs deux enfants sont nés en France en 2017 et 2020, que l'aîné y est scolarisé depuis trois ans, que les frères et sœurs de M. C sont régulièrement présents en France, qu'il a trouvé un emploi depuis le mois d'octobre 2022 et que Mme B réalise des missions de bénévolat. Toutefois, les requérants ne justifient pas de l'intensité des liens avec les membres de leur famille présents en France ou de la nécessité de leur présence auprès de ces derniers et ne justifient pas davantage d'une intégration socio-professionnelle intense, ancienne ou stable dans la société française. Par ailleurs, s'ils soutiennent que la situation entre la Serbie, dont Mme B est ressortissante, et le Kosovo, dont M. C est ressortissant, rend difficile la possibilité de s'installer dans l'un de ces pays et que les arrêtés attaqués portent atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en ce qu'ils entraineront un éclatement familial, toutefois les requérants, qui n'apportent pas davantage de précision, n'établissent leur allégation par aucune pièce produite au dossier. Enfin, les circonstances que leur fille aînée, âgée de quatre ans à la date des arrêtés attaqués, soit scolarisée en France et que leur seconde fille soit née en France en 2020 ne confèrent aux intéressés aucun droit au séjour. Les requérants ne justifient pas davantage d'une impossibilité pour leurs enfants de poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. C et Mme B, pris en charge et hébergés par le 115, les arrêtés attaqués ne méconnaissent pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. C et Mme B font valoir qu'ils ont deux enfants nés en France en 2017 et 2020, que leur fille aînée est scolarisée en France depuis trois ans et que l'exécution des arrêtés attaqués entrainera l'éclatement de la cellule familiale. Toutefois, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.
8. En dernier lieu, les arrêtés attaqués prévoient que M. C, ressortissant kosovar, et Mme B, ressortissante serbe, pourront être reconduits d'office à destination du Kosovo ou de la Serbie, ou de tout autre pays dans lequel ils établiront être légalement admissibles. Si les requérants font valoir que cette décision entraine l'éclatement de la cellule familiale dès lors qu'ils ne sont pas légalement admissibles dans le même pays, toutefois, ils n'établissent leur allégation par aucune pièce produite au dossier, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B est née au Kosovo et que les intéressés se sont mariés au Kosovo en 2016.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 16 décembre 2022 présentées par M. C et Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la part contributive versée par l'Etat à l'avocat des requérants :
10. Aux termes de l'article 38 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " La contribution versée par l'Etat est réduite, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, lorsqu'un avocat ou un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation est chargé d'une série d'affaires présentant à juger des questions semblables ". Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la troisième, de 50 % pour la quatrième et de 60 % pour la cinquième et s'il y a lieu pour les affaires supplémentaires ".
11. Les requêtes n°s 2300031 et 2300032 concernent la situation administrative d'un couple de ressortissants étrangers, assistés par le même avocat. Ces deux requêtes reposent sur les mêmes faits et présentent des moyens et conclusions identiques. Par suite, la part contributive de l'Etat versée à Me Tourbier au titre de l'aide juridictionnelle sera réduite de 30 % dans l'instance n° 2300032 en application des dispositions citées au point précédent.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2300031 de M. C et n° 2300032 de Mme B sont rejetées.
Article 2 : La part contributive de l'Etat versée à Me Tourbier au titre de l'aide juridictionnelle sera réduite de 30 % pour la requête n° 2300032 présentée par Mme B.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B, à Me Tourbier et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Bazin
La présidente,
Signé
C. Galle La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2300031 et 230003
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026