jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2300439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
| Avocat requérant | DE METZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2023, Mme A B, représentée par Me de Metz, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Aisne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a obligée à se présenter deux fois par semaine au poste de police, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à lecture en séance publique de la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile sur son recours ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir en la munissant, dans l'attente de ce réexamen, d'un récépissé de demande de titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 10 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'exécution de cette décision doit être suspendue dans l'attente de la lecture en séance publique de la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile sur son recours dès lors que sa situation n'a pas été étudiée de façon complète et respectueuse par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'elle subit de graves discriminations dans son pays d'origine ;
- le signataire de la décision n'était pas compétent pour ce faire ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est contraire à l'article 33 de la convention de Genève dès lors qu'elle est éloignée alors que sa demande d'asile n'est pas encore définitivement rejetée ;
- le droit d'être entendu de la requérante n'a pas été respecté en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est illégale puisque fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale ;
- un délai supérieur à 30 jours devait lui être accordé compte tenu de ce qu'elle attend la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile sur son recours ;
S'agissant de la décision l'obligeant à pointer auprès des services de police :
- la décision est illégale puisque fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision est illégale car elle ne fixe aucune durée d'exécution et est disproportionnée au regard de l'atteinte portée à sa liberté d'aller et venir ;
S'agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- la décision est illégale puisque fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale ;
- le signataire de la décision n'était pas compétent pour ce faire ;
- la décision est contraire à l'article 33 de la convention de Genève dès lors qu'elle est éloignée alors que sa demande d'asile n'est pas encore définitivement rejetée ;
- la décision est disproportionnée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est illégale puisque fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision est contraire à l'article 33 de la convention de Genève dès lors qu'elle est éloignée alors que sa demande d'asile n'est pas encore définitivement rejetée ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
8 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, conformément à l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boutou, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
8 mars 2023. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la compétence de l'auteur des décisions attaquées :
3. L'arrêté contesté a été signé par M. Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2022-43 du 5 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne, notamment, que la demande d'asile de l'intéressée est examinée dans le cadre d'une procédure accélérée, que cette demande a d'ores et déjà été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et rappelle les éléments de la vie privée et familiale de la requérante notamment la présence alléguée de l'une de ses filles en France et celle de l'une de ses filles et de frères et sœurs au pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.
5. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
6. En l'espèce, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la décision attaquée fait suite à une demande d'asile de la requérante qui a donc nécessairement été mise en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites au sujet de la mesure d'éloignement à laquelle elle s'exposait en cas de rejet de sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;
8. Mme B soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Toutefois, la requérante ne justifie nullement avoir tissé en France des liens personnels ou professionnels d'une particulière intensité. Elle ne conteste pas que l'une de ses filles et ses frères et sœurs vivent en Géorgie son pays d'origine, où elle n'est donc pas isolée. Par suite, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension :
9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou
L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
10. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme B dans un des cas prévus à l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante peut ainsi légalement demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Toutefois, en se bornant à reprendre ses déclarations devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sans l'assortir d'éléments nouveaux et à faire valoir, qu'au cours de son audition par l'agent de l'Office, son interprète aurait ri en traduisant ses propos,
Mme B ne fait état d'aucun élément de nature à caractériser un doute sérieux sur le
bien-fondé de la décision qui lui a été opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dont il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait été prise à la suite d'un examen insuffisant des éléments de la demande. Par conséquent, ses conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse doivent être rejetées.
12. En dernier lieu, la possibilité pour l'autorité administrative d'ordonner l'éloignement d'une personne ayant demandé l'asile avant que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur le recours formé contre une décision de refus d'asile de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prise dans le cadre de la procédure accélérée est prévue par les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il n'est pas soutenu qu'il serait contraire à la convention de Genève du 28 juillet 1951. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est contraire à l'article 33 de cette convention.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ à trente jours est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale doit être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
15. Mme B s'est vu accorder le délai de départ de droit commun de trente jours. En se bornant à soutenir qu'elle souhaite assister à l'audience de la Cour nationale du droit d'asile devant statuer sur son recours, à laquelle elle peut être représentée par son conseil et qui a lieu dans le cadre de la procédure accélérée, elle ne fait pas état de circonstances de nature à justifier qu'un délai plus long devrait lui être accordé. Le moyen doit être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre la décision de pointage auprès des services de police :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant une obligation de pointage est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale doit être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ".
18. D'une part, ces dispositions prévoient que l'obligation de " pointage " qu'elles prévoient ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. Il n'était donc nul besoin pour le préfet de préciser la durée de cette obligation dans sa décision. Le préfet n'a donc commis aucune erreur de droit.
19. D'autre part, l'obligation faite à Mme B concourt à la mise en œuvre d'une mesure d'éloignement et est prévue par la loi. Il n'est pas soutenu que cette loi porterait elle-même atteinte à la liberté d'aller et venir et Mme B ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait qu'en l'espèce, cette décision porterait une atteinte à cette liberté, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle l'empêcherait d'assister à une future audience devant la Cour nationale du droit d'asile ou de solliciter une dérogation à cette obligation pour y assister. Par suite, cette décision ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision interdisant le retour sur le territoire français, ne peut qu'être écartée.
21. En deuxième lieu, la décision attaquée n'ordonne aucun éloignement. Le moyen tiré de ce qu'elle est contraire au principe de non-refoulement prévu par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 est inopérant et doit être écarté.
22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français et que l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
23. Eu égard à la présence récente de Mme B en France et à l'absence de preuve de toute attache familiale sur le territoire, et malgré la circonstance qu'elle ne s'est soustraite à aucune précédente mesure d'éloignement ou qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Aisne a pu décider de prononcer à l'encontre de la requérante une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :
24. En premier lieu, l'illégalité de la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel la requérante pourra être éloignée, ne peut qu'être écartée.
25. En deuxième lieu, la décision attaquée n'ordonne aucun éloignement. Le moyen tiré de ce qu'elle est contraire au principe de non-refoulement prévu par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 est inopérant et doit être écarté.
26. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, repris au dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
27. Mme B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des risques de peines ou traitements inhumains. Elle fait état des menaces qu'auraient proférées à son égard sa fille et son gendre, contre lesquelles les autorités géorgiennes ne pourraient lui accorder de protection. Elle invoque également de façon générale les menaces que la guerre en Ukraine ferait peser sur la Géorgie. Toutefois, l'intéressée n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations, en dehors de ses propres déclarations. Sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le cadre de la procédure accélérée. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant comme pays de renvoi la Géorgie.
28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
29. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par
Mme B doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'application des articles 10 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me de Metz la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me de Metz et au préfet de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
F. Joly
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026