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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300541

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300541

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 février 2023, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif le dossier de la requête de M. D.

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023 au tribunal administratif de Lille, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 avril 2023, M. D, représenté par Me Doré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, au bénéfice de son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de délivrance préalable d'une information relative aux droits liés au statut de travailleur étranger employé illégalement, en méconnaissance de l'article 6 de la directive 2009/52/CE et des articles R. 8252-1 et R. 8252-2 du code du travail transposant cette directive ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;

Les 17 et 23 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais a produit les pièces du dossier de M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,

- les observations de Me Doré, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de délivrance préalable d'une information relative aux droits liés au statut de travailleur étranger employé illégalement, en méconnaissance de l'article 6 de la directive 2009/52/CE et des articles R. 8252-1 et R. 8252-2 du code du travail transposant cette directive.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 31 mars 1999 est entré sur le territoire français en décembre 2021 selon ses déclarations. Par arrêté du 16 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 97 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. B C, chef du bureau de l'éloignement et adjoint au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles se fonde la décision d'obligation de quitter le territoire français. Il vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment l'article L. 611-1 ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne que M. D ne justifie pas de la régularité de son entrée en France et de son séjour et entre ainsi dans le cas dans lesquels il peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué précise que l'intéressé séjourne en France depuis 2021 seulement et n'a pas de liens familiaux ou privés en France. Par suite, la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle ou professionnelle du requérant, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / () ". Aux termes de l'article R. 8252-1 du code du travail : " Lorsque l'un des agents mentionnés à l'article L. 8271-7 constate qu'un travailleur étranger est occupé sans être en possession d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, il lui remet un document l'informant de ses droits dont le contenu est défini à l'article R. 8252-2. ". Aux termes de l'article R. 8252-2 du même code : " Le document remis au salarié étranger sans titre comporte les informations suivantes : 1° Dans tous les cas : () f) La possibilité de porter plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre les infractions visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal et de pouvoir bénéficier à cet effet d'une carte de séjour temporaire durant la procédure, au titre de l'article L. 316-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ".

5. Les dispositions précitées de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.

6. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ait été victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains à l'occasion de son emploi de coiffeur pour le compte de la société Barber Shop 62. En particulier, il ressort du procès-verbal d'audition du requérant, lequel a été établi par les services de police le 15 février 2023 qu'en réponse aux questions relatives à ses conditions d'emploi le requérant s'est borné à indiquer qu'il travaillait sans autorisation, sans faire état de situations susceptibles de relever des infractions visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal. Il produit en outre des bulletins de paie émanant de cette société pour les mois d'août 2022 à janvier 2023. Compte-tenu de ces circonstances, le requérant n'est pas, en tout état de cause, fondé à soutenir que les dispositions des articles R. 8252-1 et R. 8252-2 du code du travail et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues. D'autre part, la circonstance que M. D n'a pas été informé de la possibilité de porter plainte et de mettre en œuvre la procédure de récupération de salaire et des indemnités pour rupture de la relation de travail lors de son interpellation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle, ce moyen n'est assorti d'aucune précision. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la délégation de signature accordée à M. C s'étend aux décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. D, ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, n'a pas sollicité de titre de séjour, et n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective et permanente, de sorte qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à une mesure d'éloignement, et qu'il se trouve dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne justifie pas d'une entrée régulière en France et n'a pas sollicité de titre de séjour en France. En outre, il n'a pas été en mesure de déclarer le lieu de sa résidence effective et permanente. Par suite, il entrait, comme le fait valoir le préfet, dans les cas visés au 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le risque que l'étranger se soustraie à la décision d'obligation de quitter le territoire français peut être considéré comme établi, sauf circonstance particulière. M. D n'établit pas l'existence d'une circonstance particulière faisant obstacle à ce qu'il soit privé d'un délai de départ volontaire. Par suite, le préfet pouvait légalement prendre une décision de refus de délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la délégation de signature accordée à M. C s'étend aux décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

14. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

15. En troisième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

16. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la délégation de signature accordée à M. C s'étend aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

18. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. D est entré sur le territoire français en 2021 d'après ses déclarations, qu'il n'a pas de liens privés et familiaux en France, et que l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, la décision d'interdiction de retour est suffisamment motivée.

19. En troisième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

21. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2021 selon ses déclarations, qu'il n'a pas d'attaches familiales en France. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires pouvaient justifier que le préfet du Pas-de-Calais s'abstienne d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les dispositions précitées.

22. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point qui précède, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Doré, et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023

Le magistrate désignée,

Signé

C. A

Le greffier

Signé

J-F Langlois

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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