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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300868

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300868

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAGGAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 30 mars 2023, M. A D, représentée par Me Aggar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- aucun traducteur n'était présent lors de la notification de l'arrêté attaqué en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors qu'il serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il ne constitue pas une menace actuelle à l'ordre public ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- aucun traducteur n'était présent lors de la notification de l'arrêté attaqué en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- aucun traducteur n'était présent lors de la notification de l'arrêté attaqué en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- aucun traducteur n'était présent lors de la notification de l'arrêté attaqué en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle n'a pas été motivée dans le délai de recours.

M. E a été désigné en qualité d'interprète.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pierre, première conseillère, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, le rapport de Mme Pierre et les observations de Me Aggar, avocate commise d'office, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient, en outre, que les menaces pesant sur le requérant émanent d'anciens créanciers et le concernent ainsi que sa famille présente à Cuba et qu'il a pour projet d'être bénévole au sein de l'association Emmaüs à sa sortie de prison dans l'attente d'un emploi en lien avec ses qualifications professionnelles de technicien électrique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant cubain né le 14 octobre 1997 est écroué au centre pénitencier de Liancourt à la suite d'une condamnation prononcée contre lui par le tribunal correctionnel de Versailles le 20 janvier 2021. Par un arrêté du 8 mars 2023, dont M. D demande l'annulation, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé Cuba comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen relatif aux modalités de notification de l'arrêté du 8 mars 2023 commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Si les conditions dans lesquelles un acte administratif est notifié peuvent, dans l'hypothèse d'une notification irrégulière, avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles restent toutefois sans influence sur la légalité de cet acte. Par suite, M. D ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance que la notification de l'arrêté attaqué n'ait pas été faite par le truchement d'un interprète, ni, en tout état de cause, d'une méconnaissance à raison de cette même circonstance, des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ou 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne qui ne concernent d'ailleurs pas les modalités de notification des actes administratifs.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation de M. F des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, présent en France depuis le mois de février 2019, M. D a fait l'objet de trois condamnations pénales depuis son arrivée pour des faits de vol en réunion, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement et en dernier lieu, selon un jugement du tribunal correctionnel de Versailles du 20 janvier 2021, pour vol en réunion et escroquerie. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant à charge en France alors qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa fille mineure. Enfin, si M. D se prévaut des menaces qui pèseraient sur lui en cas de retour dans son pays d'origine, ses allégations ne sont, en tout état de cause, corroborées par aucune pièce du dossier alors d'ailleurs que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 10 novembre 2022. Par suite, et alors même que M. D fait valoir sa volonté de réinsertion à sa sortie de détention, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

10. La décision attaquée qui cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait état de la menace à l'ordre public que représente M. D compte-tenu des condamnations pénales dont il a fait l'objet et du risque de soustraction à la mesure d'éloignement qu'il présente, est suffisamment motivée.

11. D'autre part, compte-tenu de ce qui a été dit au point 8, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale à raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. D'une part, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

14. La décision attaquée qui cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et précise, en tout état de cause, qu'aucun risque de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour à Cuba, pays dont le requérant a la nationalité, n'est établi, est suffisamment motivée.

15. D'autre part, si M. D se prévaut de menaces pesant sur lui en cas de retour dans son pays d'origine, ainsi qu'il a été dit au point 7, la réalité de celles-ci n'est pas établie.

16. Enfin, compte-tenu de ce qui a été dit au point 8, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale à raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant Cuba comme pays à destination duquel il sera reconduit en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet par ailleurs.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

18. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.

20. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire

M. D de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, la préfète de l'Oise a pris en compte les circonstances qu'il présentait une menace à l'ordre public, qu'il s'était préalablement soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ne justifiait pas d'une durée de séjour en France ancienne, ni n'y disposait d'attaches intenses ou stables. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. D'autre part, il résulte du point 8 du présent jugement que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet serait illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

22. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête présentée par M. D doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la préfète de l'Oise et à Me Aggar.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

A-L Pierre

Le greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300868

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