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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300959

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300959

jeudi 6 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens (2ème chambre) a rejeté la requête de M. A... contestant la sanction disciplinaire de placement en cellule disciplinaire pour quinze jours (dont six avec sursis) infligée par la commission de discipline de la maison d’arrêt d’Amiens, confirmée par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille. Le tribunal a estimé que le moyen tiré du défaut de communication du rapport d’enquête n’était pas fondé, le requérant ayant pu consulter la pièce plus de 24 heures avant sa comparution, conformément aux articles R. 234-15 et R. 234-17 du code pénitentiaire. Il a également jugé que la sanction n’était pas disproportionnée au regard des faits reprochés. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. B... A..., représenté par Me Homehr, demande au tribunal d’annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours contre la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison d’arrêt d’Amiens lui a infligé la sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de quinze jours, dont six jours avec sursis actif pendant six mois, ensemble la décision du 8 décembre 2022.

Il soutient que :
- il n’a pas disposé, au moins vingt-quatre heures avant sa comparution devant la commission de discipline, de la dernière version du rapport d’enquête ;
- la sanction prononcée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 24 juin 2025.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Gars, conseiller,
- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Par une décision du 8 décembre 2022, le président de la commission de discipline de la maison d’arrêt d’Amiens, où est incarcéré M. A..., lui a infligé la sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de quinze jours, dont six jours avec sursis actif pendant six mois. Par une décision du 24 janvier 2023, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté le recours administratif formé par l’intéressé à l’encontre de la décision du 8 décembre 2022. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de ces deux décisions.

Sur l’étendue du litige :

D’une part, aux termes de l’article R. 234-43 du code pénitentiaire : « Une personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par le président de la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ».

D’autre part, lorsqu’il est saisi de conclusions tendant à l’annulation d’une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l’excès de pouvoir qu’après l’exercice d’un recours administratif préalable, le juge de l’excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l’annulation de la décision, née de l’exercice du recours, qui s’y est substituée.

Alors que l’intéressé a saisi la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille d’un recours contre la sanction prononcée par le président de la commission de discipline de la maison d’arrêt d’Amiens le 8 décembre 2022, comme il en avait l’obligation en vertu des dispositions précitées de l’article R. 234-43 du code pénitentiaire, les conclusions présentées par le requérant tendant à l’annulation de cette décision doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 24 janvier 2023 rendue sur recours préalable obligatoire et également contestée, qui s’y est substituée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article R. 234-15 du code pénitentiaire : « En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. ». Aux termes de l’article R. 234-17 du même code : « La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. (…) ».

Si M. A... soutient qu’il n’a pas été mis en mesure de consulter le rapport d’enquête sur la base duquel les poursuites ont été décidées, il ressort des pièces du dossier que le rapport établi le 6 septembre 2022 lui a été communiqué le 5 décembre 2023 à 13 heures 55, soit plus de 24 heures avant sa comparution devant la commission de discipline le 8 décembre 2022. A cet égard, la circonstance que la décision d’engagement des poursuites disciplinaires indique un enregistrement du rapport le 21 novembre 2022 à 15 h 37, heure à laquelle cette décision a été elle-même prise, ne saurait établir l’existence ou la modification du rapport transmis à l’intéressé. Par suite, celui-ci n’est pas fondé à soutenir qu’il n’aurait pas disposé de cette pièce pour préparer sa défense en méconnaissance des dispositions précitées de l’article R. 234-17 du code pénitentiaire.

En second lieu, aux termes de l’article R. 232-4 du code pénitentiaire : « Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : (…) 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; (…) ». Aux termes de l’article R. 235-12 du même code : « La durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. (…) ». A cet égard, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu d’incident rédigé le jour même que lors d’une fouille dans sa cellule le 6 septembre 2022 vers 8 h 00, M. A... a été retrouvé en possession de deux téléphones portables. Ces faits, qui sont matériellement établis, constituent une faute disciplinaire du premier degré pour lesquels la durée de mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours. Compte tenu de la nature des faits matériellement établis, et alors qu’il ressort des pièces du dossier que M. A... a fait l’objet de précédentes comparutions devant la commission de discipline au cours de son incarcération, la sanction de quinze jours de placement en cellule disciplinaire, dont six jours avec sursis actif pendant six mois, n’est pas disproportionnée.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions présentées en application des dispositions combinées des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

















D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Délibéré après l'audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,
M. Le Gars, conseiller,
Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.


Le rapporteur,
Signé
V. Le Gars

Le président,
Signé

B. Boutou


La greffière,


Signé


A. Ribière

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.








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