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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301677

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301677

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023 M. E A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas établi que les autorités italiennes ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Le 24 mai 2023, le préfet du Nord, a produit les pièces du dossier de M. A.

Par une décision du 7 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de Mme Galle, vice-présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1985, s'est présenté à la préfecture de l'Oise le 7 avril 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 12 avril 2023, les autorités italiennes ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 18, paragraphe 1, b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités italiennes ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de M. A le 24 avril 2023. Par un arrêté du 5 mai 2023, notifié le même jour, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités italiennes.

Sur les conclusions de la requête :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 avril 2023, publié le même jour au recueil spécial n° 092 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. A a demandé l'asile en France le 7 avril 2023 et que les autorités italiennes, saisies par la France le 12 avril 2023 sur le fondement du paragraphe 1, b) de l'article 18 de ce règlement, ont explicitement accepté de le reprendre en charge le 24 avril 2023 sur le fondement de cette disposition. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 7 avril 2023, deux brochures d'informations en langue française, comprise lue et parlée par l'intéressé, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises au requérant portant la signature de l'intéressé. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, le requérant a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A été reçu en entretien individuel le 7 avril 2023, que celui-ci s'est déroulé en langue française, langue comprise par l'intéressé et qu'à cette occasion l'intéressé a présenté plusieurs observations qui ont été prises en compte dans le compte-rendu d'entretien. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont accepté explicitement, le 24 avril 2023, de reprendre en charge M. A sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1, b) du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités italiennes n'est intervenu pour la reprise en charge du requérant doit être écarté.

7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A. Le moyen soulevé à ce titre doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

9. M. A soutient qu'il ne sera pas pris en charge en Italie alors qu'il est pris en charge en France par des associations. Il soutient également que son épouse est enceinte et que son état ne lui permet pas d'être transférée vers l'Italie. Toutefois, la seule circonstance que le requérant soit hébergé et pris en charge par des associations ne suffit pas à établir que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation. En outre, le requérant n'apporte aucun élément, de preuve, en particulier aucun certificat médical, de nature à établir que l'état de santé de son épouse, dont la grossesse a débuté le 16 décembre 2022, faisait obstacle à son transfert en Italie, accompagnée de son époux et de leur premier enfant, à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités italiennes. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

Sur la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle :

11. Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".

12. M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. La requête de M. A enregistrée sous le n° 2301677 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2301676, présentée par Mme B, son épouse, et comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière strictement identique. Mme B bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire accordée par un jugement n° 2301676 du 8 juin 2023 et est assistée par Me Tourbier, comme son époux qui s'est vu accorder l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2023. Par suite, en application des dispositions citées au point 11, il y a lieu, dans la présente affaire, et dans l'hypothèse où Mme B serait admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle, de réduire de 30 % la part contributive versée par l'Etat à Me Tourbier pour la présente affaire n° 2301677.

D E C I D E :

Article 1er : La part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle à Me Tourbier pour la présente affaire n° 2301677 est réduite de 30 % dans l'hypothèse où Mme B, épouse du requérant, est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle au titre de l'affaire n°2301676.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Tourbier, et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La magistrate désignée

signé

C. Galle

La greffière

signé

S. Fortier

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301677

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