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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301943

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301943

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2023, M. C A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de renouveler dans cette attente son attestation de demandeur d'asile.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le caractère suspensif que les dispositions des articles L. 723-15 à L. 723-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile attachent à sa demande de réexamen jusqu'à la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- en ce qu'il fait obstacle à ce qu'il s'acquitte de l'obligation alimentaire qui lui incombe, en vertu de l'article 205 du code civil, tant envers son père que sa fille, cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que, à la date de l'arrêté attaqué, M. A B ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français après le rejet le 17 avril 2023 de sa demande de réexamen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Dore, avocat désigné pour assister M. A B, qui insiste sur ce que l'arrêté, faute de mentionner la procédure de réexamen de la demande d'asile pendante devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides, est insuffisamment motivé et qu'il méconnait son droit à se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur sa demande de réexamen, qu'il tire des articles L. 542-1 et R 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République du Congo né le 22 juin 1975, a présenté en 2019 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 février 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 22 avril 2022. Son attestation de demandeur d'asile a été renouvelée le 3 avril 2023 afin de lui permettre de présenter auprès de l'Office une demande de réexamen en procédure accélérée, ce qu'il a fait le 13 avril suivant. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels le préfet de l'Aisne s'est fondé, tirés en particulier, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, de ce que la demande d'asile que M. A B a présentée en 2019 a été définitivement rejetée, qu'il ne bénéficie plus de ce fait du droit de se maintenir sur le territoire français de sorte qu'il peut lui être fait application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. En faisant valoir ces éléments qui permettent à l'intéressé de comprendre les motifs de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, et donc de les contester devant le juge de l'excès de pouvoir, le préfet de l'Aisne a suffisamment motivé cette décision, sans qu'ait d'incidence, à cet égard, l'absence de mention du réexamen de la demande d'asile de M. A B, dont le préfet indique en défense, en tout état de cause, ne pas avoir eu alors connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par une par une décision du 17 avril 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative, a estimé que les éléments M. A B dont faisait état à l'appui de sa demande de réexamen n'augmentaient pas de manière significative la probabilité qu'il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, et a rejeté cette demande comme étant irrecevable en application des dispositions combinées du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 531-42 de ce code. Cette décision a été notifiée au plus tard à l'intéressé le 2 mai 2023, date à laquelle il a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans la perspective d'un recours devant la cour nationale du droit d'asile, comme cela résulte des mentions non contestées figurant dans la fiche Telemofpra produite en défense.

4. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne lui a fait obligation de quitter le territoire français avant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait statué sur le réexamen de sa demande d'asile.

5. D'autre part, si le requérant soutient à la barre que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles le demandeur d'asile a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur sa demande d'asile, il résulte des dispositions du b) du 2° de l'article L. 542-2 de ce code, que par dérogation au principe qu'il invoque, ce droit au maintien prend fin lorsqu'une première demande de réexamen a été introduite uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement et a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office en application du 3° de l'article L. 531-32 du même code. Or, le requérant entre dans le champ d'application de ces dispositions dès lors qu'il ressort de la décision de l'office en date du 17 avril 2023 retenant une telle irrecevabilité que les éléments invoqués par M. A B sont sans valeur probante et se rapportent à des faits déjà examinés lors de sa première demande d'asile et qui n'ont pas été tenus pour établis, que sa demande de réexamen a été instruite en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative et que le requérant fait valoir que la mesure d'éloignement litigieuse compromet l'aboutissement des démarches qu'il a engagées afin de réunir sous trois mois l'ensemble de sa cellule familiale en France. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré sur le territoire français en 2019. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa concubine et ses quatre enfants mineurs, et où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. S'il soutient que sa présence en France est nécessaire afin de s'acquitter de son obligation alimentaire envers sa fille majeure et de son père malade, il ne justifie d'aucune source de revenus en France et n'établit pas qu'il ne pourrait pourvoir à cette obligation dans son pays d'origine, ni davantage, d'ailleurs, que sa fille et son père disposent d'un droit au séjour en France. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi, à le supposer soulevé que celui de l'erreur manifeste d'appréciation dont l'arrêté attaqué serait entaché, doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet de l'Aisne et à Me Dore.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 29 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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