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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302414

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302414

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2023, M. A B, représenté par

Me Lebaupain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de titre de dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour "vie privée et familiale" dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre les dépens de l'instance à la charge de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, dès lors que son signataire ne justifie pas d'une délégation de signature à cette fin ;

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé, dès lors qu'il ne prend pas en considération de manière circonstanciée sa situation familiale ;

- l'autorité préfectorale a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un titre de séjour sur le fondement l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est entré irrégulièrement sur le territoire que pour assister ses parents qui ont réclamé son aide, qu'il fait l'objet de discrimination dans son pays d'origine à raison de son refus de pratiquer la religion musulmane, qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine et que sa présence est nécessaire auprès de mère de nationalité française ;

- pour les mêmes raisons, il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- pour les mêmes raisons, il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à raison de la discrimination qu'il y encourt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

5 juillet 2023.

Par ordonnance du 18 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Le Gars, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 30 décembre 1976, déclaré être entré en France le 15 février 2014 sous couvert d'un visa de court séjour valable pour les Etats Schengen, délivré par les autorités consulaires italiennes. Par un arrêté du 17 juillet 2014, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention "vie privée et familiale" et l'a obligé à quitter le territoire français. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 septembre 2019, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 2 juin 2020. Le 28 juin 2022, il a demandé un titre de séjour mention "vie privée et familiale" sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juin 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à

M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et réglementaire sur lesquelles il se fonde et mentionne les circonstances de faits que l'autorité administrative a pris en considération, notamment celles relatives à la situation personnelle et familiale de M. B, qui n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il serait entaché d'une insuffisance de motivation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. () ".

5. D'une part, si M. B se prévaut de son entrée régulière sous couvert d'un visa Shengen et de sa présence sur le territoire français depuis 2014, où il ne s'est maintenu de manière irrégulière qu'en vue d'assister ses parents de nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette assistance, à la supposer nécessaire, ne pourrait être prodiguée par une tierce personne, ni par suite que sa présence auprès de ses parents serait indispensable. L'intéressé ne démontre en outre pas qu'il serait susceptible de faire l'objet de discriminations dans son pays d'origine à raison de son refus de pratiquer la religion musulmane, ni qu'il n'y dispose plus, en admettant même qu'il n'ait plus de relations avec sa fille mineure, d'attaches personnelles et familiales, alors qu'il y a résidé à tout le moins jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions, alors même que les parents de l'intéressé sont invalides et de nationalité française, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que ces circonstances ne répondaient pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

6. D'autre part, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, la décision du préfet serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du Gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 5, et alors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué n'a pas porté d'atteinte au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. B, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée, ne démontre pas qu'il serait susceptible de faire l'objet de discriminations dans son pays d'origine, ni, par suite, que la décision fixant celui-ci comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de l'Etat, alors qu'au demeurant cette dernière n'en a généré aucun.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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