Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 juillet et 21 septembre 2023, Mme B... C..., représentée par la SARL d’avocats G. Thouvenin, O. Coudray et M. A..., demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 24 mai 2023 par laquelle la proviseure du lycée Paul Claudel de Laon a décidé de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée d’assistante d’éducation au-delà du 31 août 2023 ;
2°) de mettre solidairement à la charge de l’Etat et du lycée Paul Claudel de Laon une somme de 3 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l’article 45 du décret n° 86-83 du
17 janvier 1986, dès lors qu’elle n’a pas été précédée d’un entretien alors que son contrat était susceptible d’être reconduit pour une durée indéterminée ;
- cette décision n’est pas justifiée par un motif lié à l’intérêt du service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2025, l’établissement public local d’enseignement lycée Paul Claudel de Laon conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er septembre 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2003-484 du 6 juin 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lapaquette, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Rondepierre, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Mme C... a été recrutée en qualité d’assistante d’éducation au sein du lycée Paul Claudel de Laon par un premier contrat d’une durée d’un an à compter du 1er septembre 2017 jusqu’au 31 août 2018, puis par cinq contrats successifs chacun de même durée et pour une période identique. Par une décision du 24 mai 2023, dont Mme C... demande l’annulation, la proviseure du lycée Paul Claudel l’a informée qu’elle ne renouvellerait pas son contrat au-delà du 31 août 2023.
En premier et d’une part, aux termes de l’article L. 916-1 du code de l’éducation, dans sa rédaction issue de l’article 10 de la loi du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire, en vigueur à la date d’intervention de la décision en litige : « Des assistants d’éducation sont recrutés par les établissements d’enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV pour exercer des fonctions d’assistance à l’équipe éducative en lien avec le projet d’établissement, notamment pour l’encadrement et la surveillance des élèves. / (…) Les assistants d’éducation sont recrutés par des contrats d’une durée maximale de trois ans, renouvelables dans la limite d’une période d’engagement totale de six ans. Un décret définit les conditions dans lesquelles l’Etat peut conclure un contrat à durée indéterminée avec une personne ayant exercé pendant six ans en qualité d’assistant d’éducation, en vue de poursuivre ses missions (…) ». Aux termes de l’article 1 bis du décret du 6 juin 2003 fixant les conditions de recrutement et d’emploi des assistants d’éducation, dans sa rédaction issue de l’article 2 du décret n° 2022-484 du 9 août 2022 : « Les assistants d'éducation sont recrutés par des contrats d'une durée maximale de trois ans, renouvelables dans la limite d'une période d'engagement totale de six ans. (…) » Aux termes de l’article 1 ter du même texte : « Lorsqu’un nouveau contrat est conclu avec une personne ayant exercé pendant six ans en qualité d’assistant d’éducation, ce contrat est à durée indéterminée. / Les contrats à durée indéterminée sont conclus par le recteur d’académie. / Pour l’appréciation de la période d’engagement de six ans, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à des services à temps complet ». Aux termes de l’article 9 du décret du 9 août 2022 : « I. - Le présent décret entre en vigueur le 1er septembre 2022. / II. - Peuvent bénéficier à compter de cette date d’un contrat à durée indéterminée dans les conditions fixées par les dispositions de l’article 1er ter du décret du 6 juin 2003 susvisé dans sa rédaction issue du présent décret les assistants d’éducation ayant exercé pendant six ans ces fonctions, quelle que soit la date à laquelle celles-ci ont été exercées ».
D’autre part, aux termes de l’article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : « Lorsque l'agent contractuel est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / (…) - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ; / - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. / La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. (…) »
Il résulte de ces dernières dispositions que la décision de ne pas renouveler le contrat d'un agent doit être précédée d'un entretien notamment dans le cas où le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée en application de l’article 1er ter du décret du
6 juin 2003. Toutefois, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision.
Il est constant que, compte tenu de la date de son premier recrutement en qualité d’assistante d’éducation, le dernier contrat de Mme C... était susceptible d’être reconduit pour une durée indéterminée. La décision attaquée refusant de le renouveler devait, par suite, être précédée d’un entretien, en application des dispositions précitées de l’article 45 du décret du 17 janvier 1986. La proviseure du lycée Paul Claudel fait valoir que Mme C... était absente pour congé de maternité du 24 janvier 2023 au 15 mai 2023 puis en arrêt de travail jusqu’au 13 juillet 2023 et qu’il lui était donc impossible de prévoir un entretien préalable au non-renouvellement de son contrat. Cette circonstance est toutefois insuffisante à justifier l’absence d’entretien, dès lors que celui-ci aurait pu être conduit selon d’autres modalités. Il ressort cependant des pièces du dossier, notamment de la note du 23 août 2023 de la proviseure concernant la situation de l’intéressée, certes postérieure à l’intervention de la décision attaquée mais pouvant être prise en compte si elle comporte des éléments contemporains de celle-ci, que le refus de renouvellement était notamment fondé sur les absences pour raisons de santé de Mme C... ayant fortement perturbé le fonctionnement du service ainsi que sur la manière de servir de l’intéressée. S’agissant de cette dernière, il ressort de la grille d’évaluation professionnelle du 24 mai 2023 signée par Mme C... et portant sur le 1er trimestre de l’année 2022-2023, antérieurement à son congé de maternité, que celle-ci a certes été évaluée au meilleur niveau dans cinq des onze items mais n’a obtenu que des cotations de 2, sur une échelle allant de 1 correspondant au niveau le moins bon à 4 correspondant au meilleur niveau, au titre des items « aide au travail scolaire » et « animation » et une cotation comprise entre 2 et 3 concernant l’item « prise de responsabilité face à une situation d’urgence/réactivité ». Par suite, dans les circonstances de l’espèce, l’absence d’entretien n’a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article 45 sur la tenue préalable d’un entretien doit être écarté.
En second lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la décision de non-renouvellement du contrat de Mme C... était notamment motivée par ses absences pour raisons de santé, postérieures à son congé de maternité, ayant perturbé le bon fonctionnement du service, ainsi que sur des insuffisances professionnelles relevées dans sa fiche d’évaluation du 24 mai 2023, qui ne sont pas sérieusement contredites par l’intéressée, laquelle se borne à soutenir que sa manière de servir serait exempte de reproches. Il ressort des pièces du dossier que cette décision était également fondée sur une réorganisation des services voulue par la cheffe d’établissement dès la rentrée 2022, et réitérée lors d’une réunion de service du
9 décembre 2022, visant à privilégier l’emploi à mi-temps des assistants d’éducation pour, en cas d’absence, affecter dans une moindre mesure le fonctionnement du service, de faire évoluer les missions de ces personnels, jusqu’alors limitées à la surveillance des élèves, vers le soutien et l’accompagnement pédagogiques de ceux-ci, de ne pas reconduire de manière systématique les contrats à durée déterminée de ces agents et d’en accueillir de nouveaux. Si Mme C... soutient que la décision attaquée était uniquement motivée par la volonté de ne pas le recruter sous contrat à durée indéterminée en s’appuyant sur les termes d’un courrier du 3 mai 2023 du conseiller principal d’éducation adressé à l’un de ses collègues dont le contrat à durée déterminée ne devait pas non plus être renouvelé et ayant demandé à bénéficier d’un contrat à durée indéterminée, il ressort toutefois de ce document, en dépit de ses termes ambigus, que celui-ci n’avait pas d’autre objet que de répondre en particulier à cette demande et ne peut donc être regardé comme révélant l’intention de la cheffe d’établissement de ne pas renouveler son contrat pour ce motif. Dans ces conditions, la décision du 24 mai 2023 de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée au-delà du 31 août 2023 ne résulte pas, contrairement à ce que soutient Mme C..., de motifs étrangers à l’intérêt du service.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision attaquée. En conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C..., au lycée Paul Claudel de Laon et au recteur de l’académie d’Amiens.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- Mme Kernéis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2025.
Le rapporteur,
signé
Lapaquette
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.