jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302576 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 juillet 2023 et 15 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Oise de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et lui de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, dans le même délai et sous la même astreinte ;
5°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la régularité de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors qu'il n'est pas établi que la préfète a saisi pour complément d'information les services de police ou de gendarmerie auteurs de la signalisation au fichier du traitement des antécédents judiciaires, ainsi que le procureur de la République pour information sur les suites judiciaires, de sorte qu'elle ne pouvait légalement se fonder sur les données contenues dans ce fichier pour lui refuser un titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur l'absence de détention d'un visa de long séjour alors qu'un tel visa ne pouvait légalement être exigé s'agissant d'une demande de conjoint de Française ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle est fondée à tort sur la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;
- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et le droit d'être entendu, qui est un principe général du droit de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est illégale dès lors qu'il n'a pas reçu les informations prévues aux articles R. 511-4 et R. 511-5 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a ainsi été privé d'une garantie ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;
- et les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 10 juillet 1995 est entré sur le territoire français le 3 avril 2016 selon ses déclarations. M. B a épousé une ressortissante française le 23 juillet 2022 à Liancourt (Oise). L'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juillet 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à
M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions en matière de police des étrangers prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles se fonde la décision de refus de titre de séjour, notamment les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté indique que M. B ne peut se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française car il n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et fait état de sa situation familiale et personnelle. Il indique également qu'il constitue une menace à l'ordre public, rappelle les différentes condamnations figurant à son casier judiciaire, et conclut que cette circonstance fait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour, en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Cette décision étant suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté par application des dispositions l'article L. 613-1 de ce code. L'arrêté indique également, en visant l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. B ne peut se voir octroyer un délai de départ volontaire, dès lors que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement doit être regardé comme établi, ainsi que la circonstance qu'il constitue une menace à l'ordre public. Cette décision est donc suffisamment motivée. L'arrêté attaqué vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que les pays à destination desquels l'intéressé sera éloigné sont l'Egypte ou tout autre pays dans lequel il sera légalement admissible. Elle est donc suffisamment motivée. Enfin, la décision interdisant le retour de M. B sur le territoire français vise les dispositions applicables de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle que le comportement de l'intéressé, dont la situation familiale au regard du séjour a été précédemment rappelée dans l'arrêté, constitue une menace pour l'ordre public. Elle est par suite suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a procédé à l'examen complet de la situation de M. B. En conséquence, le moyen afférent ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française () ". Aux termes de l'article L.423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
6. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
7. Il ressort des motifs de la décision attaquée que, pour refuser à M. B, la délivrance du titre de séjour, la préfète de l'Oise s'est fondée, d'une part, sur le fait que l'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et que la communauté de vie avec son épouse n'est ni réelle ni effective. D'autre part, la préfète de l'Oise a retenu le motif que M. B constitue une menace à l'ordre public en application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
8. Aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. (). Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".
9. Les dispositions de l'article R. 40-29 prévoient la possibilité pour l'administration de consulter des données relatives aux antécédents judiciaires sans autorisation du ministère public. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète s'est fondée sur les mentions figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires de l'intéressé, qui mentionne notamment des faits de violences conjugales commis en 2022, de conduite sans permis, de violation de l'interdiction de paraître dans le lieu de commission de l'infraction, pour apprécier la menace que constitue M. B à l'ordre public, mais également sur les condamnations figurant au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire. Le casier judiciaire de l'intéressé fait état de deux mentions, l'une en date du 21 décembre 2020 pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort matérialisée par écrit, et pour laquelle il a été condamné à un an et trois mois d'emprisonnement dont neuf mois avec sursis probatoire pendant deux ans et la seconde en date du 26 mars 2021 pour recel de bien provenant d'un délit d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement pour laquelle il a été condamné à trois mois d'emprisonnement. Les seules mentions inscrites au casier judiciaire, qui concernent des faits suffisamment graves et établis, justifient la menace à l'ordre public sur laquelle s'est fondée la préfète pour refuser M. B un titre de séjour. Par suite, à supposer même que la préfète de l'Oise n'ait pas saisi, à la suite de la consultation du traitement des antécédents judiciaires, les services de police ou de gendarmerie pour complément d'information, ou le procureur de la République aux fins de demande d'informations sur les suites judiciaires, elle aurait pris la même décision en retenant uniquement les faits ayant donné lieu à une condamnation pénale et mentionnés au bulletin n°2 du casier judiciaire pour établir l'existence d'une menace à l'ordre public. En tout état de cause, en se bornant à soutenir qu'ils n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale, le requérant ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits, notamment de violences conjugales, qui ont fait l'objet d'une mention au traitement des antécédents judiciaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 doit être écarté.
10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B justifie de son entrée régulière sur le territoire français. Pour ce seul motif, la préfète de l'Oise pouvait légalement refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui s'est marié le 23 juillet 2022, ne justifie d'une vie commune avec son épouse que depuis le début de l'année 2023. La circonstance que la conjointe de M. B ait deux enfants d'une première union est sans incidence sur l'appréciation portée par la préfète de l'Oise sur la vie privée et familiale du requérant, alors qu'il n'est pas allégué que M. B contribuerait effectivement à leur éducation. S'il fait valoir que son épouse était enceinte à la date de la décision attaquée, il est constant que le couple n'avait pas d'enfant à cette date. L'intéressé ne dispose pas ainsi d'attaches suffisamment anciennes et stables sur le territoire national où il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 février 2021 par le préfet des Hauts-de-Seine à laquelle il n'a pas déféré. En outre, le requérant constitue une menace à l'ordre public, compte tenu notamment des violences aggravées pour lesquelles il a été condamné le 21 décembre 2020, ayant entrainé son placement en détention, ainsi qu'il a été dit au point 9. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle et familiale du requérant doit être écarté.
13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs cités au point 9, la préfète de l'Oise n'a pas, en retenant que M. B constitue une menace à l'ordre public, fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
14. En cinquième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne peut utilement soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu ces mêmes dispositions.
15. En dernier lieu, alors que M. B n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour et que la préfète n'a pas examiné d'office si l'intéressé pouvait se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement, le requérant ne peut pas utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, la décision refusant le titre de séjour n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité. Par suite, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.
17. En second lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet se situe dans le champ d'application de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Dès lors, il lui appartient de faire application des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi les principes que sous-tend ce dernier, figure celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, ce droit se définit comme le droit de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief.
18. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
19. En l'espèce, M. B était en mesure, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, d'exposer l'ensemble des éléments justifiant que ce titre lui soit accordé. Il ne ressort pas de ses écritures qu'il a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ne peut être qu'écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu le droit de M. B à être entendu préalablement à l'édiction de la mesure contestée.
20. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 13, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur la vie personnelle de M. B.
22. En dernier lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituent pas la base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
23. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité. Par suite, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
25. Pour fonder le refus d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise a retenu que l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 15. C'est donc à bon droit que la préfète a fait application des dispositions citées au point précédent.
26. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, la préfète de l'Oise n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
27. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité. Par suite, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.
28. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
29. Si M. B soutient que la préfète de l'Oise a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne précise pas pour quels motifs et ne produit pas la moindre pièce pour établir qu'il serait exposé à des peines ou traitements inhumains en cas de retour en Egypte. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :
30. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité. Par suite, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.
31. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2. "
32. Si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles R. 511-4 et R.511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 et devenues les articles R.711-1, R.711-2 et R. 613-6 du même code, ces dispositions définissent les informations devant être communiquées à un étranger faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, postérieurement au prononcé de cette interdiction. Dès lors, ces dispositions, qui sont propres aux conditions d'exécution de l'interdiction, sont sans incidence sur sa légalité et ne peuvent être utilement invoquées au soutien de conclusions tendant à son annulation. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 31 doit donc être écarté comme inopérant.
33. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
34. Pour contester la décision attaquée, M. B se prévaut de ses liens sur le territoire français et de ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète a tenu compte des critères cités à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, ainsi qu'il a été dit, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Il ressort également des termes mêmes de la décision attaquée, sans que cela soit contesté par M. B, que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, à laquelle il n'a pas déféré. Au surplus, alors que M. B se borne à soutenir que la préfète n'établit pas l'existence des deux mentions inscrites à son casier judiciaire pour violence aggravée, menace de mort matérialisée par écrit et pour recel, respectivement en date du 21 décembre 2020 et du 26 mars 2021, ainsi que de quatre interpellations dont il a fait l'objet pour des faits de violence et de conduite sans permis, il ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés et ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de la présomption d'innocence. Par suite, eu égard aux conditions du séjour en France de l'intéressé, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas disproportionnée.
35. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 13, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
36. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner à l'administration la communication de son dossier. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Richard, premier conseiller,
M. Fumagalli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La présidente,
Signé
C. Galle
Le rapporteur,
Signé
E. Fumagalli Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026