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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302783

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302783

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2023 M. B A, représenté par Me Mbombo Mulunba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Bénin comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant le droit au séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen, dès lors qu'il n'a pas été procédé à l'examen des possibilités de dispense de visa de long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur le refus de titre de séjour, lui-même illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 10 novembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale entre l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention "étudiant" attaqué est fondé, et l'article 9 de la convention relative à la circulation et au séjour des personnes conclue entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Bénin, signée à Cotonou le 21 décembre 1992.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes, conclue entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Bénin, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois, né le 18 août 1999, est entré en France le

14 septembre 2019, sous couvert d'un visa long séjour "étudiant". Par un arrêté du 17 février 2022, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention "étudiant" et l'a obligé à quitter le territoire français. L'intéressé a présenté une nouvelle demande de titre de séjour "étudiant" le 14 octobre 2022. Par un arrêté du 12 juillet 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Bénin comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de délivrance de titre de séjour qui a été opposé à

M. A vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise le parcours universitaire poursuivi par l'intéressé, ainsi que les éléments de sa situation que la préfète a pris en considération pour le prendre. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 : " Pour un séjour de plus de trois mois () les ressortissants béninois à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable dans l'État d'accueil ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants béninois désireux de poursuivre des études supérieures en France, dont le droit à bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étudiant est régi par l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992. Par suite, la décision attaquée ne pouvait légalement être prise sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, sous réserve d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, la décision attaquée, qui refuse le titre de séjour mention "étudiant" sollicité au motif du défaut de détention par l'intéressé d'un visa de long séjour, trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise du

21 décembre 1992, qui prévoient une telle obligation et qui peuvent être substituées aux dispositions citées ci-dessus du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie.

7. Si M. A était initialement détenteur d'un visa de long séjour délivré en qualité d'étudiant lors de son entrée sur le territoire français en 2019, il a depuis fait l'objet le 17 février 2022 d'un refus de titre de séjour en cette même qualité et d'une mesure d'éloignement devenue définitive, mais demeurée inexécutée. L'intéressé n'était dès lors pas dispensé de l'obligation de présenter un visa de long séjour à l'appui de sa demande ultérieure de titre de séjour "étudiant" ayant donné lieu à l'arrêté attaqué. Alors qu'il ne ressort pas des stipulations précitées de la convention franco-béninoise de dérogation à l'obligation de disposer d'un tel visa, M. A, dont la situation personnelle a par ailleurs été dument prise en compte, n'est pas fondé à soutenir qu'en lui opposant son absence de détention d'un tel visa, l'arrêté attaqué méconnaitrait ces stipulations et ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il relèverait des cas de dispense de visa de long séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Si M. A, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, se prévaut de la présence en France d'une tante, ce qu'il ne démontre au demeurant pas, il ne justifie pas, en tout état de cause, de la nécessité de rester auprès d'elle. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il méconnaitrait les stipulations précitées.

10. En dernier lieu, M. A qui n'a pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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