mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2302917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AVOCAT TUDOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, Mme C A, représentée par Me Ilie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel préfet de la Somme a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) de l'admettre exceptionnellement au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ".
Elle soutient que :
- elle fait preuve de diligence et de sérieux dans le suivi de ses études en dépit des difficultés personnelles auxquelles elle a été confrontée et qui ne lui ont pas permis d'obtenir un diplôme depuis son arrivée sur le territoire français ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'ancienneté de sa présence en France et de l'absence d'attaches dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable puisque tardive et que, en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante turque née le 7 septembre 1998, est entrée en France le 18 novembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable du 18 novembre 2017 au 18 novembre 2018 et a obtenu la délivrance de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant " jusqu'au mois de novembre 2022. Par un arrêté du 5 juillet 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de procéder au renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme A sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet de la Somme a considéré que n'ayant validé aucune année d'études supérieures depuis son entrée en France, l'intéressée, à nouveau inscrite en formation depuis 2023, ne justifie pas poursuivre des études sérieuses et effectives.
4. Il est constant que Mme A, arrivée en France le 18 novembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", ainsi qu'il a été dit, a suivi, au titre des années scolaires 2017-2018 et 2018-2019, une formation Français Langue Étrangère au groupement d'établissement (GRETA) d'Annecy. L'intéressée a ensuite poursuivi ses études pour l'année 2019-2020 au sein d'une classe de mise à niveau en brevet de technicien supérieur (BTS) au lycée Saint Martin à Amiens, année qu'elle a ensuite doublée au titre de l'année 2020-2021. Enfin, après n'avoir justifié d'aucune inscription pour l'année scolaire 2021-2022, Mme A poursuit, à la date d'édiction de la décision attaquée soit au titre de l'année scolaire 2022-2023, une première année de BTS mention " métier de l'hôtellerie restauration ".
5. Pour expliquer l'absence de validation d'une quelconque de ses années d'études supérieures depuis le mois de novembre 2017, Mme A, qui justifie son défaut d'inscription au sein d'un établissement d'études supérieures au titre de l'année 2021-2022 par la circonstance que, ignorant pouvoir s'inscrire dans les écoles publiques, elle a consacré cette année à travailler et économiser dans l'espoir de pouvoir intégrer une école privée, se prévaut " de difficultés personnelles " ainsi que du fait qu'elle a été " victime de discrimination de la part de ses collègues et enseignants ". Toutefois, de telles affirmations, insuffisamment précises et circonstanciées, ne sauraient suffire pour justifier l'absence de progression de l'intéressée durant ses six années d'études supérieures, ce d'autant qu'elle n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucune indication, ni davantage de documents scolaires permettant au tribunal de porter une appréciation sur la réalité et le sérieux de la formation qu'elle poursuit au titre de l'année 2022-2023. Dans ces conditions, le préfet de la Somme, en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme A, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage commis d'erreur d'appréciation dans leur application. Le moyen soulevé en ce sens doit dès lors être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Mme A, célibataire et sans charge de famille, fait état de sa présence en France depuis le mois de novembre 2017, soit près de six ans et demi à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, cette circonstance, ainsi que celles selon lesquelles elle a conclu un contrat de travail pour la période du 2 mai 2023 au 1er août 2023 et procède à la déclaration de ses revenus, sont insuffisantes pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ce alors que l'intéressée, qui se borne à affirmer qu'elle n'a plus " aucun avenir à l'étranger en dehors de la France " et qu'elle ne " se sentirait pas en sécurité " dans son pays d'origine où elle ne pourrait pas travailler, n'établit ni même n'allègue être dépourvue de tout lien en Turquie, qu'elle a quitté à l'âge de dix-neuf ans afin de poursuivre des études et où résident toujours ses parents ainsi que sa sœur, ni davantage qu'il existerait un obstacle sérieux à ce qu'elle s'y réinsère tant personnellement que professionnellement. Par suite, le préfet de la Somme n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent. Ce moyen, qui, au demeurant, n'est opérant qu'à l'encontre de la mesure d'éloignement, doit, dès lors, être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en ce compris les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise exceptionnellement au séjour, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, ainsi que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
9. D'une part, aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable () ". Par ailleurs, l'article 20 de cette loi dispose que : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
10. D'autre part, en vertu de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'un délai de départ volontaire, résulte d'un refus de délivrance d'un titre de séjour, en application du 3° de L. 611-1 du même code, " () le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation () ". L'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose, en outre, que " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai () ".
11. Il est constant que l'arrêté attaqué du 5 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifié à Mme A par lettre recommandée avec avis de réception, au 47 rue Allou, Appartement 4, adresse déclarée par l'intéressée dans le formulaire de demande de titre de séjour. Il ressort des mentions figurant sur l'enveloppe retournée à l'administration, ainsi que du suivi informatisé du pli par l'administration postale fourni par le préfet, que cette lettre a été retournée, le 7 juillet 2023, sans pouvoir être distribuée, à son expéditeur, lequel l'a réceptionné le 10 juillet suivant, revêtue de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Mme A n'établissant, ni même n'alléguant avoir fait connaître son changement d'adresse aux services de la préfecture de la Somme, l'arrêté attaqué doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié le 7 juillet 2023, date à laquelle Mme A disposait d'un délai de trente jours pour saisir le tribunal d'un recours contentieux. Il suit de là qu'à la date du 30 août 2023 à laquelle la requête a été enregistrée, le délai de recours contentieux imparti par l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était expiré, sans que le formulaire d'aide juridictionnelle rempli et daté au 29 août 2023 n'ait pu avoir pour effet de le conserver.
12. Par suite, il n'y a pas lieu, compte tenu de cette irrecevabilité manifeste, d'admettre à titre provisoire Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Somme et à Me Ilie.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
P. BEAUCOURTLe président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026