mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, M. B A, représentée par
Me Monconduit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023, par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "salarié" ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les termes de la circulaire Valls et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est entré régulièrement en France, où il justifie de quatre ans de présence et de quatre ans d'emploi, et où il déclare régulièrement ses impôts, qu'il parle français et ne présente pas de menace pour l'ordre public, et sans que le faux document d'identité dont il s'est servi ne puisse lui être opposé ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'intensité de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, dès lors que la décision lui refusant le séjour est également illégale ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'intensité de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- elle est illégale, dès lors que la décision lui refusant le séjour est également illégale ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, dès lors que la décision lui refusant le séjour est également illégale ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'intensité de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 10 décembre 1987, est entré en France le
16 janvier 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 26 avril 2023, il a formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 7 août 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A vise les stipulations internationales, dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre, notamment la date de son entrée sur le territoire français, la durée de son expérience professionnelle en France, les circonstances dans lesquelles a été suspendu son contrat de travail, ainsi que le contrat de location de son logement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, ni que sa situation aurait été insuffisamment examinée.
3. En deuxième lieu, M. A est entré en France le 16 janvier 2019, sous couvert d'un visa de court séjour ayant expiré le 6 février 2019. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été recruté en qualité d'employé polyvalent au sein de plusieurs entreprises de restauration, à raison de trois contrats de travail à durée déterminée entre le mois d'avril 2019 et le 18 janvier 2022, date à laquelle il a signé un contrat de travail à durée indéterminée avec son dernier employeur. Si ce dernier a suspendu ce contrat, M. A se prévaut néanmoins d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée au sein de cette même société, en qualité de cuisinier, sous réserve de la régularisation de sa situation administrative. Cette circonstance n'est cependant pas de nature à créer une situation exceptionnelle. Par ailleurs, M. A, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, ne justifie pas d'attaches particulières en France, la circonstance qu'il serait lié à son employeur par une reconnaissance de dette n'étant ni de nature à établir un tel lien, ni de nature à créer une situation exceptionnelle. Par suite, et sans qu'il puisse utilement se prévaloir de la circulaire du
28 novembre 2012, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
5. Pour les raisons exposées ci avant, M. A, qui, en outre, ne conteste pas que les membres de sa famille vivent au Maroc, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.
6. En quatrième lieu, il ressort de ce qui a été précédemment exposé que le préfet de l'Aisne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. A.
7. En cinquième lieu, M. A, qui n'a pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant le droit au séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre serait illégale par voie d'exception.
8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
9. En se bornant à indiquer qu'il n'est pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. A à sa vie privée et familiale, le préfet de l'Aisne a insuffisamment motivé la décision interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté qu'en tant qu'il lui interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français n'emporte aucune mesure d'exécution. En conséquence, les conclusions présentées par M. A à cet effet ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 août 2023 du préfet de l'Aisne est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Demurger, présidente,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
La présidente,
signé
F. Demurger
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026