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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303854

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303854

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de cette même date ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que sa situation professionnelle et la durée de sa présence sur le territoire français ont été insuffisamment prises en compte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'une présence continue et habituelle sur le territoire français, d'une insertion professionnelle ancienne, stable et pérenne, ainsi que d'une insertion sociale, privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie d'une situation personnelle et professionnelle stable sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet ne s'est pas expressément prononcé sur les critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires justifiant qu'une telle décision ne soit pas édictée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle porte une atteinte excessive à sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

27 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les observations Me Hagege, assistant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 septembre 1989, déclare être entré sur le territoire français le 21 mars 2011. Il a présenté le 27 décembre 2021 une demande d'admission exceptionnelle séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 23 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Aisne a donné délégation au signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de secrétaire général de cette préfecture, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'État dans le département, sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les mesures prononcées par l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions résultant de l'arrêté attaqué seraient entachées d'incompétence manque en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision refusant un titre de séjour à M. A vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde et indique, contrairement à ce qui est soutenu, de manière suffisamment circonstanciée les éléments de fait, relatifs notamment à sa situation professionnelle et à la durée de sa présence sur le territoire français, que l'autorité administrative a pris en considération. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision serait insuffisamment motivée ou entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle à raison des mêmes considérations doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A justifie d'une présence sur le territoire français depuis l'année 2011, ainsi qu'il l'allègue. Si l'intéressé se prévaut d'une activité professionnelle en France depuis le mois de février 2018 sous couvert de plusieurs contrats à durée déterminée, il ne justifie pas du caractère continu de cette activité, non plus d'ailleurs que d'une présence habituelle sur le territoire français, notamment au cours des années 2020 et 2021. M. A a en outre fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du territoire le 10 décembre 2020. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé se prévaut de la conclusion en dernier lieu d'un contrat de travail à durée indéterminée le 3 avril 2023 avec une entreprise de menuiserie et de l'intégration professionnelle et personnelle en France qui résulterait de ses activités, le préfet de l'Aisne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées ci-dessus au point 4 et alors que l'intéressé ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français ni d'ailleurs en être dépourvu dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaitrait ainsi les stipulations précitées.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. D'une part, la mesure prescrivant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français fait l'objet d'une motivation exposant suffisamment les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et notamment les éléments mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il n'est pas indiqué si la présence de l'intéressé représente ou non une menace pour l'ordre public, ce que le préfet n'était pas tenu de faire s'il estimait que tel n'était pas le cas. Pour les mêmes raisons, cette décision n'est pas entachée d'erreur de droit.

9. D'autre part, M. A ne peut utilement se prévaloir de circonstances humanitaires s'opposant à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prescrite à l'encontre de l'étranger lorsqu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un tel délai lui a été octroyé et que cette mesure n'est dès lors pas intervenue sur le fondement de ces dernières dispositions.

10. Enfin, pour les raisons exposées aux points 4 et 6, cette mesure ne méconnaît ni les dispositions précitées de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations citées au point 5.

11. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Truy, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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