lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 novembre,
24 novembre et 22 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Samba, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour mention "salarié", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de la date de notification du présent jugement ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle, sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, notamment au regard de sa situation professionnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été destinataire d'une convocation l'invitant à se présenter devant la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et professionnelle, dès lors qu'il remplit les conditions requises pour une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors notamment que sa conjointe et deux de ses enfants résident en France ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de l'accord franco-marocain et des articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne d'autres décisions :
- la décision d'assignation à résidence est insuffisamment motivée et repose sur une décision d'éloignement illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thérain, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1968, déclare être entré sur le territoire français en septembre 2000. Il a présenté le 10 mai 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 17 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles elle se fonde et indique, contrairement à ce qui est soutenu, de manière suffisamment circonstanciée, les éléments de fait, relatifs notamment à la situation professionnelle de l'intéressé et à la durée de sa présence sur le territoire français, que l'autorité administrative a pris en considération. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. B est de nationalité marocaine. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses seraient insuffisamment motivées.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure n'aient dûment pris en compte la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de ces dernières doit être écarté.
4. En troisième lieu, si M. B soutient ne pas avoir été destinataire d'une convocation l'invitant à se présenter devant la commission du titre de séjour, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été dûment avisé le 6 mars 2023 d'un pli adressé à cette fin à l'adresse qu'il avait alors déclarée et qu'il mentionne comme étant encore la sienne aux termes de sa requête, lequel a été cependant retourné le 23 mars 2023 à son expéditeur faute d'avoir été réclamé par son destinataire durant le délai de garde des services postaux. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour serait entachée d'un vice de procédure.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". L'article 9 de ce même accord précise que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".
6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par cet accord. Toutefois, les stipulations de ce dernier n'interdisent pas à l'autorité administrative, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. Si M. B, qui ne justifie par ailleurs pas d'un contrat visé par les autorités compétentes ni par suite des conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations citées au point 5, se prévaut de la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le mois de février 2020 en qualité de maçon, ni cette circonstance, ni celle tirée de ce qu'il justifierait de sa présence habituelle depuis plus de dix ans sur le territoire français, ce qui ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier, ainsi que d'une activité professionnelle depuis l'année 2018, ne sont de nature à établir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de son pouvoir général de régularisation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus au point 7, et alors que M. B ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français, et notamment pas d'une communauté de vie ou de liens particuliers avec son épouse et ses enfants résidant sur le territoire français, ni ne démontre en être dépourvu dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations précitées.
10. En sixième lieu, les moyens tirés ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaitrait l'article 3 de l'accord franco-marocain et les articles L. 435-1, L. 423-23 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent, lorsqu'ils ne sont pas inopérants ou dénués des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, être écartés pour les raisons exposées ci-dessus.
11. En septième lieu, les moyens tendant à contester une décision prononçant l'assignation à résidence du requérant sont inopérants, dès lors que l'arrêté attaqué ne prescrit pas une telle mesure.
12. Enfin, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Truy, premier conseiller honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Rondepierre
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026