lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2304126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BURMAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une ordonnance du 17 janvier 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de M. C.
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre et 1er décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, et enregistrés sous le n° 2400186 au greffe du tribunal administratif d'Amiens, M. D C, représenté par Me Burman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de mettre fin à son signalement au sein du système d'information Schengen de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas été mis en cause pour des faits de vol en 2022 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
- l'arrêté attaqué ne lui a pas été régulièrement notifié, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète lors de la notification et que la copie de l'arrêté attaqué n'a été transmise à son conseil que le 21 novembre 2023 malgré plusieurs demandes ;
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne son principe et sa durée ;
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- son exécution, incompatible avec l'ordonnance de placement sous contrôle judiciaire du 29 novembre 2023, méconnaitrait son droit un à un procès équitable garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le principe de la présomption d'innocence ;
- l'arrêté attaqué méconnait le principe de séparation des pouvoirs dès lors qu'à la date de son édiction, le préfet ne pouvait ignorer qu'il était en détention provisoire ce qui l'empêchait d'exécuter cet arrêté.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2304126 le 1er décembre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 janvier 2024, M. C, représenté par Me Burman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence dans le département de l'Oise pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué été signée par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de procédure contradictoire préalable telle que prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est fondé sur une décision d'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- il est entaché d'erreur de droit et méconnait l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est illégal car le recours exercé contre la décision d'obligation de quitter le territoire français étant suspensif, le préfet ne pouvait prendre une mesure d'exécution telle qu'une assignation à résidence ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale, eu égard au périmètre de l'assignation à résidence, qui ne lui permet pas de poursuivre sa vie familiale avec sa concubine résidant à Stains, de se rendre sur son lieu de travail à Paris, de respecter les modalités de son contrôle judiciaire, et de préparer sa défense avec son avocat dont le cabinet se trouve à Paris ;
- il est superfétatoire eu égard au contrôle judiciaire dont il fait l'objet ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de présentation quotidienne au commissariat de Creil prévue par l'arrêté attaqué est disproportionnée et porte atteinte à la liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle,
- et les observations de Me Lebrun, substituant Me Burman et représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 25 novembre 1975, est entré en France le 15 juillet 2022 muni d'un visa de court séjour. Il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son visa. Le 19 août 2023, il a été placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Villepinte. Par un arrêté du 17 novembre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation dans la requête enregistrée sous le n° 2400186, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Le 29 novembre 2023, M. C a été libéré et placé sous contrôle judiciaire. Par un arrêté du 29 novembre 2023, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour une durée de six mois. M. C demande l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence par une requête enregistrée sous le n° 2304126.
2. Les requêtes présentées par M. C concernent des décisions prises à l'encontre du même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, et qui comporte le non et la signature de son auteur, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. G H, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer notamment les décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ et le pays de renvoi, et portant interdiction du territoire français. Cette délégation a été consentie en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau de l'éloignement et de la directrice des étrangers et des naturalisations, dont il n'est pas établi qu'elles n'étaient ni absentes ni empêchées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait application, notamment l'article L. 611-1. L'arrêté attaqué précise que M. C s'est maintenu en France à l'expiration de son visa de court séjour valable du 15 mars au 10 septembre 2022 sans être titulaire d'un titre de séjour. Il précise les principaux éléments de la situation personnelle et familiale de M. C. La circonstance que cet arrêté ne précise pas les éléments de sa situation professionnelle est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'aurait pas été précédée d'un examen complet de la situation de M. C.
6. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise.
7. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
8. Il ressort des pièces du dossier produit que si M. C a été entendu lors de sa garde à vue le 17 août 2023 sur les faits de viol qui lui sont reprochés et s'il a, à cette occasion, précisé les éléments de sa situation personnelle et familiale, il n'a pas été invité lors de cette audition à présenter ses observations sur la perspective d'un éloignement du territoire français, et il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier qu'il aurait été entendu sur la perspective d'un éloignement avant l'intervention de la décision attaquée. Par suite, la décision attaquée doit être regardée comme entachée d'irrégularité. Toutefois, M. C se borne à faire valoir qu'il aurait pu se prévaloir, s'il avait été entendu préalablement à la mesure d'éloignement, de ses importants liens familiaux en France, notamment d'une relation de concubinage depuis 2019 avec Mme F E, compatriote titulaire d'un titre de séjour de dix ans. Il ressort cependant des pièces du dossier que cette allégation est contredite par les premières déclarations de l'intéressé en garde à vue - au cours de laquelle il a indiqué qu'il était célibataire, hébergé par Mme F E, sa cousine, et qu'il cherchait un appartement - et qu'elle n'est pas étayée par des documents probants dans le cadre de la présente instance. Au demeurant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé dans l'arrêté attaqué que M. C, malgré des déclarations en ce sens au greffe pénitentiaire, n'avait pas justifié de la réalité de son concubinage, de sorte que l'autorité préfectorale a tenu compte de cette allégation dans le cadre de l'examen de sa situation. Par suite, l'irrégularité commise n'a pas effectivement privé l'intéressé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure aurait pu aboutir à un résultat différent. En conséquence, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.
9. En cinquième lieu, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'a pas eu notification de cet arrêté en présence d'un interprète ou de ce que son avocat n'a reçu la copie de l'arrêté attaqué que le 20 novembre 2023 malgré plusieurs demandes.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
11. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé dans l'arrêté attaqué que le comportement de M. C représentait une menace pour l'ordre public aux motifs qu'il a été mis en cause pour des faits de vol en 2022, et placé en détention provisoire le 19 août 2023 pour des faits de viol commis en état d'ivresse. Le requérant conteste la matérialité de ces deux faits et fait valoir que n'ayant pas été condamné, le préfet ne pouvait légalement estimer que sa présence sur le territoire français représentait une menace pour l'ordre public. Toutefois, la circonstance que le comportement de M. C ne constitue une menace pour l'ordre public ne constitue pas l'unique motif de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui est principalement fondée, en application de l'article L. 611-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance que l'intéressé s'est maintenu en France après l'expiration de son visa de court séjour en 2022 sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, à supposer même que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que la mise en examen de M. C pour des faits de viol démontrait l'existence d'une menace à l'ordre public, il aurait pu légalement se fonder sur le seul motif tiré du maintien de l'intéressé sur le territoire français au-delà de la période de validité de son visa pour prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation sur l'existence d'une menace à l'ordre public dont serait entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français en ce qui concerne ces faits doit être écarté.
12. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en juillet 2022, qu'il n'a pas demandé de titre de séjour après l'expiration de son visa, qu'il est marié et a quatre enfants dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. S'il soutient qu'il est séparé de son épouse, et qu'il entretient depuis 2019 une relation amoureuse avec Mme E, titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans avec qui il affirme vivre en concubinage depuis son entrée en France en 2022, le requérant n'établit pas, notamment par une attestation et la production d'un justificatif d'abonnement d'un fournisseur d'énergie la réalité et la stabilité de cette relation de concubinage, alors qu'il s'est d'ailleurs déclaré célibataire et seulement hébergé chez sa cousine, Mme E, lors de son audition en garde à vue le 17 août 2023. La circonstance que le requérant a exercé sans autorisation divers emplois en qualité de barman depuis son entrée, au demeurant récente, sur le territoire français, ne démontre pas son insertion sociale et professionnelle en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ou familiale.
14. En dernier lieu, la circonstance que M. C a fait l'objet, au demeurant postérieurement à la décision attaquée, d'une mesure de contrôle judiciaire est sans influence sur la légalité de la décision en litige obligeant l'intéressé à quitter le territoire français et fait seulement obligation à l'autorité préfectorale de s'abstenir à mettre à exécution cette mesure d'éloignement jusqu'à la levée par le juge judiciaire de cette mesure. La circonstance qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C était placé en détention provisoire et donc déjà dans l'impossibilité matérielle d'exécuter la décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai est, pour le même motif, sans incidence sur la légalité de cette dernière décision.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision d'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la délégation de signature accordée à M. G H s'étend aux décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué cite les articles L. 612-2 à L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. C s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son visa de court séjour sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'il ne dispose pas de garantie de représentation dès lors qu'il a déclaré un lieu de résidence sans en justifier auprès du greffe pénitentiaire, et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public du fait de son placement en détention provisoire pour des faits de viol commis en état d'ivresse, et d'une " mise en cause en 2022 pour des faits de vol ". Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de délai de départ volontaire serait entachée d'un défaut d'examen complet de la situation de M. C.
19. En quatrième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
20. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :
() ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
21. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis a retenu que M. C ne dispose pas de garanties de représentation dès lors qu'il n'a pas justifié d'un domicile stable auprès du greffe pénitentiaire, et relève que M. C s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Le préfet a également retenu l'existence d'une menace à l'ordre public au motif de son placement en détention provisoire pour des faits de viol, et de sa mise en cause en 2022 pour des faits de vol. Si l'intéressé se prévaut d'un hébergement stable chez Mme E, il ne conteste pas que, s'étant maintenu en France au-delà de la durée de validité de son visa, il se trouvait dans le cas visé au 2° de l'article L. 612-3 précité, dans lequel le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière. Aucune circonstance particulière n'est en l'espèce invoquée par le requérant pour démontrer que le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ne serait pas établi. Par suite, le préfet pouvait pour ce seul motif, prendre à son encontre une décision de refus de délai de départ volontaire. Les circonstances que M. C disposerait d'un hébergement stable chez sa cousine et de ce que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a pas commis les faits de viol pour lesquels il est mis en examen, ainsi que les faits de vol qui lui sont reprochés par le préfet, sont ainsi sans incidence sur la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
22. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
23. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, les circonstances que M. C était placé en détention provisoire à la date de l'arrêté attaqué, puis qu'il a été placé sous contrôle judiciaire le 29 novembre 2023, sont sans incidence sur la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision de refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
25. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
26. En deuxième lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise la durée du séjour en France de M. C, et indique, s'agissant de sa situation familiale, qu'il n'établit pas la réalité de son concubinage en France et qu'il a des attaches familiales en Algérie où vivent son épouse et ses quatre enfants. La décision rappelle également que le comportement de M. C constitue une menace à l'ordre public notamment en raison de son placement en détention provisoire pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
27. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen complet de la situation de M. C.
28. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
29. Compte tenu des éléments exposés au point 13 relatifs à la situation personnelle et familiale de M. C, à la durée de son séjour, et son maintien irrégulier sur le territoire sans sollicitation d'un titre de séjour, et à supposer même que M. C ne puisse, comme il le soutient, être regardé comme troublant l'ordre public du seul fait de sa mise en examen pour des faits de viol en août 2023, qu'il conteste, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement édicter à l'encontre de M. C, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
30. En dernier lieu, les circonstances que M. C était en détention provisoire à la date de l'arrêté attaqué puis qu'il a été placé sous contrôle judiciaire le 29 novembre 2023 sont sans incidence sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'en tout état de cause, ni la détention provisoire ni le contrôle judiciaire ne font obstacle à l'édiction d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, et que la mesure d'éloignement qui précède la décision d'interdiction de retour ne peut en tout état de cause, qu'être exécutée à l'issue de la levée de la mesure de contrôle judiciaire.
31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence en date du 29 novembre 2023 :
32. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. ".
33. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale s'est fondée, pour prendre la décision attaquée, sur les circonstances que " l'examen de situation de l'intéressé ne fait pas ressortir de force majeure faisant obstacle à l'exécution de sa mesure d'éloignement, que la reconduite à la frontière de l'intéressé ne peut intervenir immédiatement pour des raisons matérielles, que son départ demeure toutefois, eu égard à sa situation personnelle, une perspective raisonnable dans le délai précité, sans préjudice de la possibilité qu'il a d'exécuter par lui-même cette mesure avant ce terme ", et que M. C résidant chez M. et Mme B à une adresse connue des services de l'Etat, " il semble donc présenter quelques garanties de représentation ". Toutefois, aucune de ces circonstances - au demeurant inexactes s'agissant de l'absence d'obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement puisque la détention provisoire puis le contrôle judiciaire de l'intéressé à compter du 29 novembre 2023 lui interdisaient de quitter le territoire - ne permettent de justifier en quoi M. C était " dans l'impossibilité de quitter le territoire français ", " de regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays ", et en quoi il pouvait en conséquence faire l'objet d'une mesure d'assignation d'une durée de six mois sur le fondement de l'article L 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Oise, qui ne mentionne dans son arrêté ni la détention provisoire de l'intéressé ni la mesure de contrôle judiciaire ayant pris effet le 29 novembre 2023 et imposant à l'intéressé de ne pas quitter le territoire ainsi qu'une obligation de présentation tous les quinze jours au commissariat de Creil, n'a donc pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de prononcer son assignation à résidence et d'en fixer les modalités de contrôle.
34. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
Sur les frais liés au litige :
35. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 novembre 2023 de la préfète de l'Oise est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2304126 est rejeté et la requête n° 2400186 est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Richard, premier conseiller.
- M. Fumagalli, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.
L'assesseur le plus ancien,
signé
J. Richard
LLa présidente-rapporteure,
signé
C. GalleLe greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète de l'Oise chacun en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2304126 et 2400186
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026