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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304235

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304235

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2023, M. A B, représenté par

Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder sans délai à l'effacement de ses données au sein du système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte-tenu notamment de sa situation personnelle en France où réside sa partenaire de nationalité française ;

- il établit une vie commune avec sa partenaire depuis 2021 à Beauvais contrairement à ce que retient la décision attaquée ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

Sur le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et se prévaut d'un nouveau motif tiré de ce que la vie commune du requérant avec sa compagne est récente et que le couple n'a pas d'enfant commun.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2023.

Par ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme Pierre ;

- et les observations de Me Porte, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, né le 10 mars 1986, déclare être entré en France en 2016. Il a été débouté de sa demande d'asile par l'Office français des réfugiés et apatrides le 12 juin 2017 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 24 octobre 2017 et a fait en conséquence l'objet d'un arrêté portant refus de séjour au titre de l'asile et obligation de quitter le territoire français le 16 janvier 2018. S'étant maintenu sur le territoire français, il a sollicité son admission au séjour le 22 décembre 2021 mais a toutefois vu cette demande rejetée par l'arrêté du 25 août 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a également fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Mali comme pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci s'est fondé sur le motif qu'aucune communauté de vie n'était établie entre M. B et sa compagne de nationalité française à laquelle il est uni par un pacte civil de solidarité depuis le 14 décembre 2021. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le couple qui dispose d'un logement commun à Beauvais vit maritalement à ce domicile depuis le mois de janvier 2021. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait.

4. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Pour établir que la décision attaquée était légale, la préfète de l'Oise invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. B, un autre motif, tiré de ce que la relation avec sa compagne est récente et que le couple est sans enfants de sorte que l'intéressé ne justifie pas d'attaches privées et familiales en France nécessitant qu'il lui soit accordé un titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la vie commune du couple est récente alors qu'aucun élément n'indique une antériorité de cette relation avant l'année 2021. En outre, les intéressés n'ont pas d'enfant commun. Dans ces conditions, alors que M. B admet lui-même ne pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir que le refus qui lui a été opposé méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'il porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Alors qu'il résulte de l'instruction que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur le motif de fait exposé au point 5, il y a lieu de procéder à la substitution demandée et d'écarter, par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, et, ainsi qu'il a été dit, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet est illégale à raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet serait illégale à raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

12. En second lieu, aux termes de de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Compte tenu de la situation de M. B telle qu'elle a été décrite au point 6 du présent jugement et alors que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an, alors même que le comportement de l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise

et à Me Ouedraogo.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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