jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2304391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. A B, représenté par
Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour "étudiant", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il a été privé de son droit à être entendu sur des éléments nouveaux relatifs à sa situation en cas de retour dans sa région d'origine ;
- il est insuffisamment motivé, dès lors que le préfet, qui s'est cru en situation de compétence liée, n'a fait état ni de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, ni de la présence de sa mère en France, ni du caractère réel et sérieux de ses études en France ;
- la décision de lui octroyer un délai de départ de trente jours est insuffisamment motivée, alors qu'il doit passer des examens dans le cadre de ses études ;
- le refus de lui délivrer un titre de séjour est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il se fonde sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, s'agissant d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, la condition relative au visa ne lui était pas applicable, les études qu'il poursuit en France depuis 2022 présentent un caractère sérieux, il ne pourrait pas poursuivre ses études en cas de retour dans son pays d'origine, et la condition relative aux ressources suffisantes ne peut lui être opposée dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'en tout état de cause, il dispose de telles ressources ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa mère, dont l'état de santé nécessite la présence de son fils à ses côtés, réside en France, qu'il est dénué de toute autre attache dans son pays d'origine, et que son état de santé nécessite un suivi psychologique ;
- la décision fixant la Géorgie comme pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il ne peut bénéficier de la protection des autorités géorgiennes du fait des difficultés d'accès aux services de justice locaux et qu'il s'expose à un enrôlement de force en cas de retour dans son village.
Le préfet de la Somme a produit des pièces, le 30 janvier 2024.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Niquet, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant géorgien, né le 21 juin 1997, déclare être entré en France le 27 décembre 2018, démuni de tout visa. Il a présenté, le 7 juin 2023, une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 20 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
2. En premier lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
3. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer que, en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'une mesure d'éloignement du territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ou de compléter ses observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, sur l'octroi ou non d'un délai de départ volontaire, et sur la fixation du pays de destination, lesquelles sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soient prises les décisions attaquées, notamment lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen sera écarté.
5. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à
M. B vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français vise le 3° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant, outre la nationalité de l'intéressé, que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée,
M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, la circonstance que sa situation ne soit pas présentée de manière exhaustive étant sans incidence sur sa légalité.
6. En troisième lieu, si M. B se prévaut de la programmation d'examens universitaires entre le 18 et le 21 décembre 2023, cette circonstance n'est pas de nature à établir une erreur manifeste d'appréciation à ne pas lui avoir accordé de délai de départ volontaire supérieur à trente jours, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait formulé une telle demande.
7. En quatrième lieu, d'une part, M. B a formulé une demande de titre de séjour à raison des études qu'il poursuit en France. D'autre part, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet a apprécié la situation de l'intéressé dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur de droit en se fondant sur les seules dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études () l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
9. D'une part, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour "étudiant", le préfet de la Somme a notamment relevé que M. B était entré sur le territoire français dépourvu d'un visa de long séjour, de sorte qu'il ne remplissait pas la condition prévue par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait privé de la possibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine, M. B n'établit pas de nécessité liée au déroulement de ses études. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
11. M. B déclare être entré en France le 27 décembre 2018, où sa demande d'asile a été refusée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 août 2019, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 30 septembre 2019, et a fait l'objet, le 11 septembre 2019, d'une mesure d'éloignement, confirmée par le tribunal le 13 novembre 2019. S'il se prévaut d'un certificat médical daté du 29 juin 2022 aux termes duquel accéder à un logement partagé avec sa mère serait bénéfique à leur état de santé psychique respectif, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B ou sa mère aient formulé de demande de titre de séjour. Enfin, l'intéressé ne conteste pas que son père et sa sœur résident en Géorgie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il aurait méconnu les stipulations précitées.
12. En dernier lieu, en se bornant à se prévaloir d'un article du comité des droits de l'homme des nations unies daté du 19 août 2014, M. B n'établit pas le risque qu'il soutient courir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement édictée à l'encontre de l'intéressé méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et
37 de la loi du 10 juillet 1991doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026