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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400279

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400279

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention "étudiant", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, un récépissé dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors que ses intérêts privés et personnels se situent en France depuis plus de dix ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 7 février 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thérain, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant de la République du Congo né le 23 mars 1990, déclare être entré en France le 2 septembre 2013. Il a sollicité, le 20 décembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant ". Par un arrêté du 11 janvier 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13,

L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13,

L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. D'une part, si M. D soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'il satisfait aux conditions prévues par les dispositions précitées, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il résiderait habituellement en France depuis plus de dix ans, notamment en raison de l'absence de pièces de nature à justifier d'une telle présence entre les années 2017 et 2020. Par suite, la préfète, qui n'avait pas à saisir pour avis la commission du titre de séjour, n'a pas méconnu les dispositions précitées.

4. D'autre part, si M. D justifie d'un premier certificat de scolarité à l'Université de Nice-Sophia-Antipolis en 2013 et d'un premier contrat à durée déterminée en 2014, il n'établit pas le caractère continu de son séjour en France, notamment sur la période allant de 2017 à 2020. En outre, en se bornant à produire le passeport de Mme C B, qu'il désigne comme sa conjointe, le requérant ne justifie pas de la réalité d'une communauté de vie avec l'intéressée, alors qu'il n'est pas démontré que celle-ci résiderait régulièrement sur le territoire français, ni même qu'il serait le père de l'enfant à naître. Ainsi, si M. D se prévaut d'un courrier de commande d'un opérateur de téléphonie mobile datant du 3 juillet 2023 et indiquant que sa conjointe résiderait chez lui, il résulte du compte-rendu d'échographie du centre hospitalier intercommunal de Compiègne-Noyon, établi à une date postérieure au courrier précité, que celui-ci a été adressé à Mme C B à une adresse différente. Le requérant n'établit par ailleurs pas la présence sur le territoire français de membres de sa famille ni qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par suite, et alors même qu'il justifierait d'une inscription à un cours dispensé par le Conservatoire national des arts et métiers pour l'année 2023-2024, M. D, qui ne justifie pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère ;

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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