lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400835 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 mars 2024, enregistrée le 7 mars 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens la requête, enregistrée le 21 février 2024, par lequel M. B A, représenté par Me Homehr, demande :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lever la mesure de rétention et de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure en tant qu'elle vise à procéder à son expulsion sans respecter les garanties procédurales attachées à une telle mesure et alors qu'il ne présente pas une menace grave à l'ordre public ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il est l'objet au sens au sens des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024 le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable faute de satisfaire aux prescriptions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 26 janvier 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : "'Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président'".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, documents et correspondances diverses relevant des attributions de l'État dans le département de la Somme à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, le préfet de la Somme a indiqué de manière suffisamment précise l'exposé des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, tirés notamment de ce que M. A, en raison de son entrée irrégulière sur le territoire français de l'absence de régularisation de sa situation entre dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté comporte en outre les considérations de fait qui ont conduit l'autorité préfectorale à faire application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 combinées à celles des 1° 4° 5° et 8° de l'article L. 612-3 de ce code, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé et des dispositions de l'article L. 612-6 pour l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en relevant l'absence de circonstances humanitaires et en exposant l'appréciation portée sur les critères de la durée du séjour, des liens avec la France, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de la menace à l'ordre public prévus pour ce faire à l'article L. 612-10. Il en est de même de la décision fixant le pays dont M. A est le ressortissant comme pays de renvoi. Par suite, et alors que le préfet de la Somme n'était pas tenu de décrire l'ensemble de la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la seule circonstance que M. A a été placé en rétention administrative et ne s'est vu accorder aucun délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et qui est fondée sur les conditions irrégulières - non contestées - de son entrée et de son séjour en France, que le préfet de la Somme aurait en réalité entendu expulser M. A. Dans ces conditions, le détournement de pouvoir et de procédure allégué n'est pas établi.
7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ 5° l'étranger s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
8. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Somme s'est fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public constitué par sa présence sur le territoire, ainsi que sur l'existence d'un risque de soustraction de l'intéressé à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, dès lors qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement déclaré ne pas se conforter à la présente obligation de quitter le territoire, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement du 24 octobre 2016, et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, cas dans lesquels un tel risque est réputé établi en application des dispositions figurant respectivement au 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point précédent. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition du 18 février 2024 que l'intéressé est effectivement entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne justifie pas de démarches effectives de régularisation, qu'il a déclaré qu'il ne déférerait pas à la présente mesure d'éloignement et enfin, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Somme aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces seuls motifs qui sont de nature, en l'absence de circonstances particulières, à fonder le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, et ce alors même que ce dernier n'entrerait pas dans le champ d'application des autres dispositions rappelées au point précédent sur lesquelles le préfet de la Somme s'est également fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2024 du préfet de la Somme. Par suite les conclusions de la requête à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre des frais de l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Somme et à Me Homehr.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026