jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PEREIRA EMMANUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, Mme A C, représentée par
Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'est plus mariée ;
- il est insuffisamment motivé, dès lors que sa situation professionnelle n'est pas mentionnée ;
- il est entaché d'un défaut d'examen, dès lors que sa demande n'a pas été examinée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'aucun de ses enfants n'est né en Géorgie ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu de la scolarité en cours de ses enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport E Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante géorgienne, née le 2 juillet 1987, déclare être entrée en France le 17 novembre 2017. Elle a présenté, le 31 octobre 2023, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 14 février 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté relève notamment que Mme C est mariée avec M. D, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ont divorcé le 15 janvier 2024, de sorte que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris une décision différente en ne retenant pas cette erreur, qui est sans incidence sur la légalité de l'arrêté.
3. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à
Mme C vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant, outre la nationalité de l'intéressée, que la décision ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle et professionnelle E C n'ait été dument prise en compte, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'arrêté attaqué, qui relève qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes, ne précise pas davantage les éléments de sa situation professionnelle, et sans qu'elle puisse par ailleurs utilement soutenir avoir présenté sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui ne ressort pas du formulaire qu'elle a adressé aux services de la préfecture. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
5. En quatrième lieu, Mme C déclare être entrée en France le 17 novembre 2017, et a fait l'objet d'une décision de réadmission vers l'Allemagne le 6 mars 2018, de deux obligations de quitter le territoire français, les 25 novembre 2019 et 1er juillet 2022, consécutives à deux procédures de refus d'asile prononcées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmées par la cour nationale du droit d'asile, ainsi que par le tribunal administratif d'Amiens, le 13 février 2020 et le 8 juillet 2022. Si elle se prévaut d'une attestation d'emploi en qualité d'aide-ménagère à compter du 19 décembre 2022, elle ne justifie pas du caractère exceptionnel de sa situation, alors au demeurant que cet emploi, qui est le seul qu'elle fait valoir, représente quelques heures de travail par semaine, payées au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Par ailleurs, s'il est constant que les quatre enfants, qu'elle a eus avec son ex-époux, résident avec elle, elle ne justifie ni d'une intégration particulière en France, ni de relations d'une intensité particulière, alors qu'elle ne conteste pas ne pas être dépourvue d'autres attaches familiales en Géorgie, pays dont elle et ses enfants ont la nationalité. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Somme aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
6. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Il est constant que les trois enfants ainés E Mme C ont poursuivi l'intégralité de leur scolarité en France. Toutefois, si l'intéressée soutient qu'aucun d'eux ne pourrait poursuivre sa scolarité en Géorgie, dès lors qu'ils ne parleraient pas le géorgien, elle ne l'établit pas, alors au demeurant qu'il s'agit de la langue du pays dont ils ont la nationalité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
9. En se bornant à se prévaloir de la scolarisation de trois de ses enfants, sans toutefois faire état de l'existence d'une échéance ou de circonstance particulière liée à la scolarité d'un de l'un d'eux, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision de fixer le délai de départ volontaire à trente jours serait entachée d'une erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête E C doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête E C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Somme et à Me Pereira.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026