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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400992

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400992

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Doré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 541-1, L. 541-2 et L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées aux dispositions de l'article R. 532-54 et R. 532-57 et R. 351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et que la décision de la cour nationale du droit d'asile lui a été régulièrement notifiée, dans une langue qu'elle comprend ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- et les observations Me Doré, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 3 février 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligée à quitter territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions législatives et règlementaires dont elle fait application, notamment l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment la circonstance que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté la demande d'asile de la requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. "

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du relevé Telemofpra produit à l'instance par le préfet de la Somme, que l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de la requérante le 26 avril 2023, décision confirmée par une décision de la CNDA, lue en audience publique le 2 novembre 2023. Par suite, en application des dispositions citées au point 3, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle conservait un droit au maintien sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué en l'absence de preuve de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées aux dispositions de l'article R. 532-57 du même code doit donc être écarté. D'autre part, si la requérante soutient que la décision de la CNDA ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'elle comprend conformément à l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance, à la supposer établie, est également sans incidence sur la légalité de l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'en application des dispositions citées au point 3, le droit au maintien sur le territoire prend fin dès la lecture en audience publique de la décision de la CNDA. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'appliquent aux décisions de refus d'entrée sur le territoire au titre de l'asile, est inopérant et doit aussi être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France le 20 décembre 2022, et qu'elle n'a pas d'attaches familiales en France. Si son frère séjourne régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident, Mme B a vécu séparée de lui durant une longue période et ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident ses enfants d'après les termes de la décision attaquée. Si elle soutient faire l'objet d'un suivi psychologique en France à la suite des traitements inhumains et dégradants subis dans son pays d'origine, il n'est pas établi que cette prise en charge lui soit indispensable ni qu'elle ne pourrait en bénéficier dans son pays d'origine. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme B pourra être renvoyée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein de la Norvège ou de la Suisse. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

7. En dernier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise la durée du séjour en France de Mme B, et indique qu'elle n'a pas d'attaches familiales et personnelles en France et qu'elle ne démontre pas être dépourvue de liens personnels dans son pays d'origine, où vivent ses trois enfants, selon les termes de la décision attaquée. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, compte tenu des éléments exposés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'interdiction de retour sur la situation personnelle et familiale de Mme B doit être écarté.

10. En troisième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Doré, et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400992

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