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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401437

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401437

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, M. B A, représenté par

Me Sorriaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays à destination duquel il pourrait être reconduit en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, dès lors que la préfète lui a opposé à tort le caractère frauduleux d'actes d'état civil produits à l'appui de sa demande de titre de séjour ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale pour être fondée sur un refus de séjour illégal ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale pour être fondée sur un refus de séjour illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-648 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, se déclarant né le 10 février 2005 et de nationalité malienne, soutient être entré sur le territoire français en avril 2021 alors qu'il était mineur. Pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance au titre d'une ordonnance de placement provisoire, il a sollicité le 11 août 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mars 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil dans sa rédaction applicable : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte consulaire délivrée le 4 mai 2023, un acte de naissance, un jugement supplétif n° 3078 tenant lieu d'acte de naissance du 28 juin 2022, une copie d'extrait d'acte de naissance et une copie littérale d'acte de naissance. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité de M. A n'était pas établie en raison de la production d'actes d'état civil frauduleux. Si la préfète a remis en cause le caractère authentique du jugement supplétif du 28 juin 2022 au motif que l'intéressé avait produit auprès du tribunal de grande instance de Paris un autre jugement supplétif délivré à une date distincte du 17 février 2021, cette circonstance ne permet toutefois pas d'établir leur caractère frauduleux alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les informations y figurant sont contradictoires. Si la préfète a retenu que l'extrait d'acte de naissance comporte une faute d'orthographe dans ses mentions fixes, qu'aucun des actes d'état civil présentés ne contient de numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales, que les dates d'établissement de l'extrait d'acte de naissance et de la copie littérale d'acte de naissance ont été réalisées en chiffres et non en lettres, que certaines lignes de l'acte de naissance ne sont pas renseignées, que la copie littérale d'acte de naissance présente des surcharges d'encre, ces circonstances ne sont pas à elles seules de nature à remettre en cause l'authenticité des actes litigieux. Enfin, l'administration ne conteste pas sérieusement l'authenticité de la carte consulaire délivrée par les autorités maliennes confirmant ces mentions. Dans ces conditions, l'autorité administrative ne pouvait légalement se fonder sur le motif tiré du caractère frauduleux de ces actes pour refuser la demande de titre de séjour de M. A.

5. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

8. Il ressort des pièces du dossier que si M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance, par ordonnance de placement du 13 juin 2022, et qu'il est inscrit en vue d'obtenir un CAP maçon et a signé un contrat d'apprentissage en alternance depuis le 22 novembre 2022 avec la société Eiffage construction Picardie, laquelle atteste que l'intéressé est assidu, l'intéressé ne produit aucun bulletin scolaire de nature à établir le caractère sérieux du suivi de sa formation. En outre, si l'avis de la structure qui l'accueille évoque de manière positive son comportement et sa capacité à s'intégrer dans la société française, le requérant n'établit pas qu'il n'entretiendrait plus de relations avec sa famille restée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'autorité administrative pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser la délivrance du titre de séjour demandé par M. A sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu de substituer ce motif, qui fonde légalement la décision à sa date d'intervention, au motif indiqué au point 4, dès lors que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur cette circonstance et que cette substitution n'a pas pour effet de priver

M. A de garanties procédurales.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille et ne démontre ni être privé de tout lien dans son pays d'origine où réside sa famille, ni qu'il ne pourrait y poursuivre sa formation. Dans ces conditions, la décision lui refusant un titre de séjour n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

12. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, et alors qu'il ne fait pas état d'attaches particulières qu'il aurait en France ni ne démontre en être dépourvu dans son pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit ainsi être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. ThérainLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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