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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401528

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401528

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 27 mars 2024 abrogeant son document provisoire de séjour, lui refusant l'admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant invoquait une méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de risques de persécutions liés à des accusations de sorcellerie en République démocratique du Congo. Le tribunal a estimé que M. B ne justifiait pas d'attaches suffisantes en France ni de risques personnels et actuels en cas de retour, sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée. En conséquence, le tribunal a jugé que l'arrêté ne violait ni l'article 3 ni l'article 8 de la Convention.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a abrogé son document provisoire de séjour, a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est accusé de sorcellerie dans son pays d'origine du fait du décès de sa tante qui l'hébergeait ainsi que ses sœurs, lesquelles ont été victimes de graves sévices par les membres de l'église dont sa tante était l'une des fidèles, et dont l'une d'elles est décédée des suites de ces événements ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est orphelin et qu'en raison des accusations précitées dont il fait l'objet dans son pays d'origine, il ne lui est pas possible d'y reprendre une vie privée et familiale dans des conditions normales.

La préfète de l'Oise a produit des pièces le 3 mai 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 5 novembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 1er mars 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 11 septembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 mars 2024. Par un arrêté du 27 mars 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a abrogé son document provisoire de séjour, a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé disposerait d'attaches particulières sur le territoire français, ni qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi qu'il sera dit ci-dessous, que M. B ne pourrait y poursuivre sa vie privée et familiale à raison des circonstances dont il se prévaut. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. B, dont la demande d'asile a d'ailleurs été définitivement rejetée, ne démontre pas la réalité des risques qu'il soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que l'arrêté ne méconnait pas les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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